Laïla et Imzad, pour aller au bout de soi
CAUWE,LUCIE
vendredi 28 mai 2010, 11:07
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Très beau roman que le nouveau livre de Sandrine Willems, L'extrême. Tout en sobriété alors que s'y cognent la vie et la mort. Tout en suggestion dans la cohabitation de deux déserts. Le vrai, celui que la narratrice a arpenté en Amérique, en Afrique et dans une partie de l'Asie. Et l'autre, cette aile de l'hôpital où des enfants atteints des maladies les plus graves guérissent, ou ne guérissent pas. Dans ces deux formes désertiques, le temps disparaît. Ou du moins, il n'y coule pas de même qu'à l'extérieur.
Repères
Roman L'extrême SANDRINE WILLEMS Les Impressions Nouvelles 156 p., 15 eurosC'est une femme âgée de soixante ans qui s'exprime à la première personne dans ce texte sans gras. Un âge remarquable pour le bébé que la médecine avait condamné. Chez elle, les années se sont finalement empilées. Contrairement aux enfants hospitalisés qu'elle soigne, écoute, console, et qui ne passent pas toujours le cap des vingt.
Ces petits, ces jeunes qui meurent, elle les voit différemment. « En face de moi je ne vois pas des mourants, mais des enfants qui jouent. » D'où lui vient ce point de vue ? De sa propre histoire. Sa mère est morte à sa naissance. Elle a ensuite été une enfant malade qui a survécu, presque miraculeusement la découverte d'un nouveau médicament.
Tout cela, et le reste, elle le sait sans le savoir, sans vouloir l'affronter. Sauf que l'arrivée dans le service de Laïla, une jeune Algérienne cancéreuse, va la bouleverser. « Que réveille-t-elle en moi, cette petite, avec ses grands yeux noirs ? » Dès lors, la femme âgée n'a plus le choix.
En même temps qu'elle suit le traitement de Laïla, elle plonge dans son passé, aborde les questions essentielles. La santé est-elle une chance ? comment survivre à la culpabilité d'avoir tué sa mère ? comment avancer sans avoir connu l'amour maternel ? ni paternel, dans son cas ? fuir dans le monde, dans ses déserts, dans l'alcool ? jusqu'où ? « Jusqu'où me ramènes-tu, Laïla ? »
Dans ce roman tendu, extrêmement juste, Sandrine Willems fait avancer sa narratrice et ses patientes, Laïla et Imzad, une jeune Touarègue leucémique. Elle saisit avec justesse leurs réactions, angoisse, peur, rage, révolte, besoin de savoir. Trois chemins vers soi et les autres qui n'éludent aucune question. « Maintenant, j'aimerais bien rentrer chez moi », dit Imzad à la fin. Une acceptation lumineuse du destin.
