La rentrée française : riche et variée
PIERRE MAURY
vendredi 27 août 2010, 10:00
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Deux académiciens Goncourt lancent la course aux prix littéraires, un des enjeux de la rentrée française. Découvrez la rentrée littéraire dans Le Soir
C'est parti ! Tahar Ben Jelloun descend Michel Houellebecq (La carte et le territoire, Flammarion) dans La Repubblica, Bernard Pivot donne trois étoiles à Marc Dugain (L'insomnie des étoiles, Gallimard) dans le Journal du dimanche. Deux académiciens Goncourt lancent la course aux prix littéraires, un des enjeux de la rentrée française. Qui, cette année, est aussi sociale et politique. La date du 7 septembre, prévue pour l'annonce de la première sélection du Goncourt, est occupée par la journée de mobilisation syndicale contre la réforme des retraites. La liste, base aussi du Goncourt des Lycéens, sera donc communiquée la veille.
Voyez comme les choses sont bien faites, le monde du travail pourrait y avoir sa place. Pas seulement sur le territoire français : Maylis de Kerangal raconte la Naissance d'un pont (Verticales) en Californie. Les vagues de suicides dans quelques entreprises ont inspiré Thierry Beinstingel (Retour aux mots sauvages, Fayard) comme Philippe Claudel (L'enquête, Stock). Les restructurations sont un peu partout. Dans Nous étions des êtres vivants (Gallimard), de Nathalie Kuperman ; dans Plan social (Le Cherche midi), de François Marchand ; ou dans Le front russe (Le Dilettante), de Jean-Claude Lalumière. Les retraites, ce sera peut-être l'an prochain.
Romancières et romanciers, heureusement pour ceux que leur environnement étouffe, ne parlent pas que d'ici et maintenant. Il en est des exemples parmi ceux dont nous avons publiés les bonnes feuilles cet été et sur lesquels nous revenons aujourd'hui.
Il en est d'autres. Claro, d'abord, dont CosmoZ (Actes Sud, voir en deuxième page de ce cahier) ne ressemble à rien d'autre. Ou Philippe Forest, revisitant de manière personnelle l'histoire de l'aviation dans Le siècle des nuages (Gallimard). Jean Echenoz donne un de ces romans biographiques dont il a le secret avec Des éclairs (Minuit) : après Ravel et Zatopek, voici Nikola Tesla, qui inventa le courant alternatif, réincarné en Gregor. Entre la Grèce et la France, Vassilis Alexakis rêve de trouver Le premier mot (Stock). Katrina fait de nouvelles victimes à la Nouvelle-Orléans dans Ouragan (Actes Sud), de Laurent Gaudé (lire ci-dessus). Jean d'Ormesson, toujours primesautier, philosophe avec un des plus longs titres de la rentrée, C'est une chose étrange à la fin que le monde (Laffont). Et Claudie Gallay prouve au Festival d'Avignon que L'amour est une île (Actes Sud).
Quand ce n'est pas maintenant, c'est souvent hier ou avant-hier. Ça ne rigole pas. Les guerres sont omniprésentes. La Seconde Guerre mondiale, en particulier. Et sa préface espagnole pour Tony Cartano (Des gifles au vinaigre, Albin Michel) ou Vincent Borel (Antoine et Isabelle, Wespieser). Marc Dugain situe L'insomnie des étoiles (Gallimard) en Allemagne occupée. Elie Wiesel (Otage, Grasset) et Chochana Boukhobza (Le troisième jour, Denoël) réveillent les échos de l'Holocauste.
L'Histoire, peu avare en épisodes violents, se poursuit avec en Algérie, entre autres, Où j'ai laissé mon âme (Actes Sud), de Jérôme Ferrari ou, après le 11 Septembre 2001, L'envers du monde (Seuil), de Thomas B. Reverdy. Ni maintenant ni hier, ce sera donc demain ou après-demain pour Fanny Chiarello (L'éternité n'est pas si longue, L'Olivier) ou Blandine Le Callet (La ballade de Lila K, Stock).
Rassurez-vous : il sera aussi question d'amour, comme toujours. Et de sa face sombre, la rupture. Victor-Lévy Beaulieu cherche Judith dans le monde entier (Bibi, Grasset). Maud Basan est décomposée (La seule, Denoël). Il s'agit, vous l'aurez compris, des personnages de leurs livres puisque tout cela est fiction. Démultipliée, pour ne parler que de la rentrée française, en presque cinq cents romans.
Parmi ceux-ci, on n'oubliera pas quelques voix singulières. Alice Ferney qui oppose deux visions de l'honneur dans Passé sous silence (Actes Sud). Ou Eliette Abécassis, abonnée au succès (Une affaire conjugale, Albin Michel). Et tant d'autres, à découvrir au fil des jours.
