Sheila Kohler  : pourquoi j'aime Dickens

mardi 07 février 2012, 10:51

Sheila Kohler est une écrivaine née en Afrique du Sud, qui vit depuis trente ans aux Etats-Unis. Trois de ses romans sont traduits en français, dont «Quand j'étais Jane Eyre» (Quai Voltaire).

Dickens a été très important dans ma vie comme dans la vie de beaucoup d'écrivains, j'imagine. Ses livres sont peuplés de personnages, souvent mineurs mais qu'on ne peut pas oublier. Ces personnages demeurent peut-être plus vivants dans la mémoire que les vrais membres d'une famille.

Qui pourrait oublier le personnage de Miss Havisham dans Les Grandes espérances, par exemple? La vieille dame toujours vêtue de sa robe de mariage qui force le pauvre Pip à marcher avec elle autour de la table, couverte de poussière et de toiles d'araignées et présentant les restes du repas de noces? Ou le forçat qui, dans le même ouvrage, apparaît tout un coup, sortant des brumes, renversant le petit Pip, le tenant par les pieds, et lui montrant les tombeaux de sa famille sous cet angle surprenant?

Comment oublier le bon Joe Gargery ou sa femme qui arrive à mettre des aiguilles dans le pain qu'elle presse contre sa poitrine? Comment oublier Mr. Micawber se tirant par ses propres cheveux dans David Copperfield, ou le personnage du titre lui-même, qui essaie d'apprendre la sténographie avec autant de difficultés; ou David amoureux et portant des chaussures trop petites pour plaire à sa Dora?

Ces êtres imaginaires sont rendus inoubliables par une phrase ou par un geste qui les expriment parfaitement dans leur entièreté, à moins que ce ne soit qu'un nom ou une simple sensation comme les mains moites de Uriah Heep, aussi dans David Copperfield. Ce sont des personnages exagérés, peut-être, mais rendus éternellement crédibles et vivants par des détails qui nous parlent si éloquemment.

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