Iznogoud a 50 ans de méchanceté
DANIEL COUVREUR
mercredi 22 février 2012, 09:33
Entretien L'ignoble Vizir du calife Haroun El Poussah est plus actuel que jamais : sa méchanceté nous ouvre les yeux sur la beauté du monde. Il compte désormais sur l'imagination de Nicolas Canteloup et Laurent Vassilian pour usurper le pouvoir.
Printemps arabe oblige, Iznogoud veut, aujourdhui, être président ! © Imav Editions
PARIS
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
Que son règne vienne ! Le 15 janvier 1962, la première aventure d'Iznogoud paraissait entre les prières et les reportages à l'eau bénite de la revue Record, vendue dans les églises et les patronages. « Péché mignon » du scénariste René Goscinny, cet antihéros de Bagdad-la-Magnifique était un concentré de méchanceté. Il incarnait l'envie, la convoitise, la jalousie. C'était le miroir maléfique de notre mauvaise conscience...
Souffre-douleur de ses auteurs, René Goscinny et Jean Tabary, Iznogoud a survécu aux pires calembours. Il a enterré Goscinny en 1977 et Tabary en 2011, sans renoncer pour autant à devenir calife à la place du calife. Aujourd'hui, Nicolas Tabary a repris le crayon de son père. Deux « Guignols de l'info », Nicolas Canteloup et Laurent Vassilian, ont succédé à Goscinny avec la complicité de sa fille, Anne. Dans son nouvel album, le Grand Vizir profite du printemps arabe pour devenir président, à défaut de calife. Canteloup et Vassilian nous disent tout de ce complot.
Vous n'aviez jamais écrit de bande dessinée. Succéder à Goscinny ne vous a pas fait peur ?
On ne connaît pas l'angoisse de la page blanche. A deux, on forme une véritable usine à vannes. Avec la matinale sur Europe 1 et Après le 20h sur TF1, on est dans le ping-pong permanent de jeux de mots. On a défini la grande ligne de l'album d'Iznogoud ensemble, en commençant par la fin et en faisant attention au fait qu'il s'agit d'une histoire longue et pas d'une accumulation de sketches. On ne voulait pas voler le lecteur. On est parti sur la trame des élections présidentielles mais sans aller trop vite. Iznogoud est d'abord privé de tout pouvoir, quand son bourreau refuse d'exécuter qui que ce soit. Ce n'est que dans la deuxième partie du livre qu'il entre dans la joute électorale...
Vous étiez fans d'Iznogoud avant de vous lancer dans cette aventure ?
Les choses se sont passées dans l'autre sens. C'est Anne Goscinny qui était très cliente de notre humour à la radio comme à la télé. Mais nous ne savions ni l'un ni l'autre si nous serions capable d'écrire une bande dessinée. On n'a pas voulu dire non sans essayer. Les premières planches ont été très dures à mettre en scène mais on s'est beaucoup amusés, du coup on a décidé d'adopter la bête ! Le plus difficile a été de faire entrer toutes nos idées dans le nombre de pages imposé. On voulait faire un vrai album d'Iznogoud tout en oubliant Goscinny pour ne pas se mettre trop la pression.
Goscinny disait d'Iznogoud qu'il adorait cette série parce qu'elle était le prétexte aux calembours les plus atroces. Avec Fez-Bouc, Al Hi Lohem ou Yessoui Khan, vous vous êtes lâchés complètement ?
Oui ! Ça faisait partie du cahier de charges. Iznogoud est un défouloir à calembours. Les lecteurs savent que ça fait partie du jeu et chez nous, ça vient tout seul. Les calembours ont dynamisé notre écriture. Nous sommes des obsédés du gag. On en a mis partout et Anne Goscinny était là pour nous rappeler à l'ordre quand on allait trop loin.
Le complot est le moteur d'Iznogoud depuis 50 ans. C'est un filon réellement inépuisable ?
Iznogoud est le premier héros méchant de la bande dessinée mais les lecteurs lui pardonnent et l'aiment bien. Avec lui, on se plaît dans la trahison et le complot. Quant à la contrainte qui en découle, c'est comme dans cette bande dessinée de Bobo, roi de l'évasion, où il faut trouver à chaque fois une autre façon de s'échapper. Avec Iznogoud, c'est le complot le moteur du gag et c'est cette contrainte qui force les scénaristes à se surpasser pour faire exister le personnage.
La star, c'est lui ou c'est vous ?
Quand on est auteur pour les autres, il faut oublier qui on est et se plier au personnage. C'est Iznogoud le plus fort. Il nous libère du poids de la peur et nous permet comme les marionnettes des Guignols de l'info d'écrire libérés. Pour nous, Iznogoud, c'est une Rolls de l'humour, un héros culte que tout le monde connaît. On s'est fait plaisir et qui sait si on n'aura pas une autre bonne idée pour lui !
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C'est fou ce qu'il ressemble à Sarkozy! XD