Le krach au bout du grain de sable

DANIEL COUVREUR

mercredi 08 octobre 2008, 09:52

MÉTAPHORE PRÉMONITOIRE de l'effondrement des valeurs, la « Théorie du grain de sable » a la solution au chaos.

Le krach au bout du grain de sable

© Casterman.

Pratique

La Théorie du grain de sable, tome 2, Casterman, 120 p., 17,50 euros.

Bande dessinée Un album et une expo pour les 25 ans des « Cités obscures »

Le cycle des « Cités obscures » ne touche pas à sa fin. Schuiten et Peeters remastérisent les albums du passé et planchent sur le futur.

ENTRETIEN

François Schuiten et Benoît Peeters ont créé la plus phénoménale histoire sans héros de la bande dessinée contemporaine. Amorcée en 1983 dans la revue A Suivre des éditions Casterman, la saga des Cités obscures a fait naître les mythes de Samaris, d'Urbicande ou de Brüsel. Le dernier volume, second volet de la Théorie du grain de sable, sort en pleine tempête boursière. Il se dévore comme une lecture allégorique du cataclysme capitaliste en cours. Les deux auteurs ont digéré notre temps avec tout le bon sens belge pour mieux rebondir après la catastrophe dans les rues de Brüsel.

Ville miroir de Bruxelles, Brüsel est plongée dans l'apocalypse sous les yeux impuissants des experts et d'un monde politique dont l'action se résume à broubeler que la situation est sous contrôle. Vous assumez la résonance avec la crise actuelle ?

François : Notre monde a rétréci. Celui des Cités obscures aussi ! On a tort de se croire à l'abri des phénomènes lointains et isolés. Ce qui se passe à l'autre bout du monde nous concerne. Il faut pouvoir s'adapter aux phénomènes inexpliqués comme ceux que nous vivons aujourd'hui. Et je crois que le Belge excelle justement dans l'affrontement des réalités qui nous dépassent. Il peut s'adapter à tout comme la population de Brüsel dans notre album. Si le rapport au réel de la Théorie du grain de sable est si fort, c'est parce qu'il résulte de l'intuition. C'est un récit-éponge qui a absorbé ce qui se passe autour de nous.

Benoît : Il y a dans les Cités obscures un travail métaphorique sur le regard. On est dans la fable. La force de la bande dessinée tient dans cette capacité à rendre le monde autrement que par une description réaliste des événements. Les images peuvent révéler beaucoup plus de sens qu'au cinéma. Derrière les phénomènes extraordinaires qui bouleversent la vie à Brüsel, il y a cette réalité que l'on ne voit pas. Mais la Théorie du grain de sable est un récit optimiste. L'équilibre sera au bout du chaos. On peut faire bon usage d'une situation catastrophique si on réapprend à s'entraider entre êtres humains…

L'album devait sortir début septembre. Il a été mal imprimé et pilonné. Un signe du destin ?

François : Si l'imprimeur de Singapour n'avait pas raté le livre, il n'aurait peut-être pas eu cet effet-là ! C'est une métaphore extraordinaire des ravages de la mondialisation.

Benoît : On va trop loin pour des questions d'enjeux économiques, sans se préoccuper des conséquences. Tout le premier tirage a été détruit après avoir été importé par avion. Vous imaginez l'empreinte écologique de cet album ?

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