Claudel rend son rapport

BERNARD DEMONTY

vendredi 05 octobre 2007, 09:59

---- "Le rapport Brodeck", la fin d'un cycle
---- "Un livre sur les dommages collatéraux"
---- "J'écris mot après mot"

Dans « Le rapport de Brodeck », Philippe Claudel achève sa descente au fond du puits de l'âme humaine. On en ressort à grand-peine, pétrifié par ce qu'on y voit, fasciné par le talent de l'auteur.
Lire l'interview intégrale de Philippe Claudel par Bernard Demonty. Ecoutez des extraits audio de l'interview

*

FRANCESCA MANTOVA

Les âmes grises

La petite ville où se déroulent les événements, rapportés plusieurs années après par un policier qui en fut un des acteurs, se trouve à quelques kilomètres du front de la Grande Guerre. Un jour de 1917, une petite fille est retrouvée morte à proximité de la villa du procureur Destinat. Le juge Mierck enquête, mais ne veut pas soupçonner le procureur, car ils font partie du même monde. Salué par les lecteurs et la critique, ce roman a obtenu le prix Renaudot en 2003. Il a été adapté au cinéma en 2005 et a été traduit dans 25 pays. Le livre de poche, nº 3109089, 286 p., 6,50 euros.

La petite fille de Monsieur Linh

Court roman philosophique. Comme une épure, mais tellement épurée qu'il n'en reste presque rien, à la fin – un presque rien qui est l'essentiel, peut-être. M. Linh, émigré rescapé d'une guerre asiatique, y serre sa petite-fille dans ses bras, lui parlant la langue de là-bas. Et le coup de théâtre des dernières pages n'y changera rien. Ou presque… Tout dépend du regard qui se pose sur cette histoire. Celui de M. Bark, devenu ami de M. Linh, ou un autre. Un roman doux, dont le français l'est aussi. Le livre de poche, nº 3115540, 192 p., 5,50 euros.

Mais aussi:

- Quelques-uns des cent regrets.

- J'abandonne (Folio 3784)

- Meuse l'oubli.

Regarde-toi dans la glace », dit-on parfois aux personnes en carence d'humilité. Le dernier Philippe Claudel a tous les attributs du miroir, sauf qu'il reflète les âmes. C'est plus cruel. Dans le troisième volet de ce qu'il décrit comme un triptyque, l'auteur français revient à proximité des champs de bataille, au moment où se dissipe la fumée des canons. Il donne la vie à Brodeck, un être humble et tourmenté, qui survit aux camps de la mort où il avait atterri sur délation des hommes du village, en raison de la consonance suspecte de son nom.

A son retour, ceux qui l'ont envoyé aux enfers n'entendent pas lui offrir le repos. Car Brodeck a un don. « J'ai toujours eu un peu de mal à parler et à dire le fond de ma pensée. Je préfère écrire. Il me semble alors que les mots deviennent dociles, à venir me manger dans la main comme de petits oiseaux, et j'en fais presque ce que j'en veux, tandis que lorsque j'essaye de les assembler dans l'air, ils se dérobent. »

Brodeck est donc chargé de dresser un rapport racontant l'« Ereigniës », afin que tout le monde puisse comprendre et pardonner. Dans le patois alémanique local, l'« Ereigniës » signifie l'événement, le sort que les hommes ont réservé à l'« Anderer », cet inconnu qui s'est installé au village peu de temps après le retour de Brodeck. Très vite, le rapporteur sent qu'il a pour obligation de disculper les siens. Et ses tourments donnent naissance à des notes prises en marge du rapport, qui constituent le roman de Philippe Claudel. Brodeck raconte comment l'Anderer est arrivé. Et comment il paya pour ses crimes et délits. Le délit d'être différent, silencieux, charismatique et souriant. Et le crime d'avoir renvoyé au village sa propre image.

Le rapport de Brodeck est un roman supérieur. Les événements s'entrelacent dans une chorégraphie admirable. Le village et sa vie quotidienne, sa nature, ses couleurs y sont décrits au plus fin pinceau sans la moindre lourdeur, et sans altérer l'irrépressible besoin de tourner la page. Le récit est crédible. On ne lit pas du Claudel, on lit du Brodeck.

L'auteur s'en défend un peu, mais c'est une humanité sombre qu'il nous sert à nouveau. Un roman des ténèbres, dont la perfection fait aussi la froideur. Les quelques touches d'amour et d'espoir n'en sont que plus éblouissantes.

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[4] fatima kartout envoyer un message personnel dit le 5/05/2008, 15:33

La petite fille de Monsieur Linh
je decouvre Philippe Claudel via son livre : la petite fille de Monsieur Linh . Ce livre m'a boulversé par sa vérité aussi bien sur le devenir de l'homme en general que sur le devenir de celui qui est voué à l'exil : (venir au monde , grandir, viellir et mourrir ) quel destin tragique que celui de l'homme ! sur le chemin de l'exil , on meurt chaque jour un peu plus avant de mourir pour de bon . Je vis depuis 14 ans comme Mr Linh, emmurée dans des souvenirs , des films , des odeurs mais contrairement à Mr Linh ça ne se voit pas , ça ne s'entend même pas , il m'arrive depuis peu de retourner là bas et je me rends compte alors qu'e l'exil fait de nous un étranger partout : je sens que je suis d'une certaine façon à la fois Mr Linh mais aussi la petite fille (ce qui en reste : la poupée de chiffon ) de Mr Linh .Merci Philippe Claudel , je vous aies trouvé , je ne vous quitte plus .

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[3] clementdousset envoyer un message personnel dit le 21/02/2008, 16:02

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ces cavernes, ces antres d'où cette Staubi brutale et glacée tire sa source. Dans l'histoire de ce village germain d'après guerre, dans cette chorégraphie de détours, de reculs, de croisements, de scènes sculptées dans le cauchemar , c'est un certain Philippe qui m'intrigue et que je recherche....

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[2] clementdousset envoyer un message personnel dit le 21/02/2008, 15:58

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fils, Brodeck rédigeant un rapport assassin, l'Anderer exposant ses peintures accusatrices, et l'Ohnmeist, vrai chien sans maître, et Brodeck en faux chien promené en laisse dans un camp etc. etc. semblent jaillir à l'improviste au détour d'un chapitre alors qu'on les sent à chaque fois appelés l'un par l'autre. Une vérité aux couleurs d'art, un art qui prend les formes du vrai dans une envoûtante, une prenante spirale d'horreur composent un récit d'outre temps qu'un certain Philippe Claudel proclame découvrir avec ingénuité. Pourquoi ce choix de l'horreur, et pourquoi, dans l'horreur, ces choix ? Voilà, pour moi, très mauvais lecteur, ce qui m'intéresse surtout. Ce chemin de l'être aux mots,

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[1] clementdousset envoyer un message personnel dit le 21/02/2008, 15:33

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Je ne sais plus qui disait qu'un bon roman c'était toujours au moins trois histoires. L'histoire d'un monde, l'histoire d'un moi, l'histoire d'un texte. L'histoire d'un monde appelle l'anecdote et règle la vraisemblance. L'histoire d'un moi vivifie les peintures, oriente les obsessions, les attirances, les craintes, ouvre sur le mystère de l'être. L'histoire d'un texte informe l'espace et le temps, crée le jeu des échos, réoriente perpétuellement le sens avant de lui donner sa plénitude dernière. Ici la première et la troisième histoire se joignent pour mieux étouffer la seconde. Des horreurs récentes et attestées s'embrument dans un temps et des lieux de conte. Des scènes échos, des reflets, des doubles : jeune mère jouissant de voir l'agonie d'un pendu, jeune mère maudissant les assassins de son

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