
JEAN-CLAUDE VANTROYEN
vendredi 20 février 2009, 10:48
Et le voyage se fait d'abord intime. Mendelsohn médite sur ce qu'il y a de plus personnel dans la vie de chacun : les hommes et les femmes, les pères et les fils, la sexualité. Lui qui conjugue l'amour des langues mortes et particulièrement du grec et celui des beaux garçons cherche ce que veut dire être un homme.
L'itinéraire passe par la géographie. Celle de Chelsea, le quartier gay de New York. Celle d'une ville de province où Mendelsohn joue la figure paternelle pour un enfant qui n'est pas le sien. Traverse la mémoire : la mère institutrice, le père mathématicien, le grand-père raconteur d'histoires, cette jeune tante, « si belle » qui a fait le sacrifice d'épouser un homme laid pour faire venir sa famille en Amérique et qui est morte quelques jours avant le mariage. Scrute la tradition juive. Le voyage emprunte les chemins du mythe en un permanent chassé-croisé entre les histoires de la famille, la recherche du moi profond et les drames de la tragédie grecque ou les poèmes d'Ovide.
Ne vous arrêtez pas au beau garçon torse nu qui figure en couverture. Si Mendelsohn parle avec franchise de son homosexualité, ce n'est pas le cur de son introspection. La matière même de ce récit philosophique, c'est : qui suis-je ? L'écrivain explore les arcanes de son identité avec une rare intelligence, une culture sans faille et une écriture d'un classicisme éclatant. Daniel Mendelsohn ne parle en fait que de lui. Mais ça nous parle profondément à nous tous.
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