C'EST LE COUP marketing de la rentrée, et même pas le livre de la semaine. Les auteurs se victimisent et le lecteur est floué.
Photo ; Le Soir / Alain Dewez
Repères
Ennemis publics, Houellebecq et Lévy, Flammarion-Grasset, 336 p., 20 euros
PARIS
DE NOTRE CORRESPONDANTE
Pourquoi tant de haine ? » La phrase est de nos jours d'avantage employée avec ironie, pour se marrer. Elle figure dans son acception tragique dans Ennemis publics, la correspondance entre Bernard-Henri Lévy (BHL) et Michel Houellebecq (MB), parue ce jeudi. Et là, cette phrase nous a pourtant bien fait rigoler, pendant un bon gros tiers du bouquin : un pavé des lamentations.
Selon Michel Houellebecq, le mépris qu'il suscite au même titre que BHL peut éclairer l'histoire contemporaine : « Il me semble que celui qui parviendra à comprendre pourquoi nous, qui sommes si différents, sommes devenus les principales têtes de Turc de notre époque en France, comprendra du même coup beaucoup de choses sur l'histoire de France de cette époque. »
Coup commercial astucieux
Pauvres écrivains riches et célèbres Qui seront encore plus riches grâce au coup de Flammarion et Grasset, qui a tu le titre et les auteurs d'un mystérieux événement de la rentrée. Avant, mi-septembre, de lever le voile. « Oh non, pas eux ! », s'exclame-t-on, puisque les auteurs se déclarent eux-mêmes « Ennemis publics » de la France (rien que ça).
Les deux incompris ont mené une correspondance durant six mois, avec une jouissance qui se ressent à la lecture, autant que transpirent leur ego démesuré et leur paranoïa. Tout les oppose sauf ce « mépris » dont il font l'objet, faut-il le rappeler mais ils se révèlent complices, et jouent à se détester.
Les amateurs de l'un et/ou de l'autre apprécieront notamment leurs souvenirs d'enfance, ceux de leur père, ou les considérations de Michel Houellebecq sur « la bouse » qu'a écrite sa mère à son propos. Ces deux auteurs ne se sont jamais autant dévoilés. « Mon rôle dans votre destin sera peut-être de vous avoir entraîné vers une littérature de l'aveu », ose même écrire Michel Houellebecq, depuis Bruxelles.
Voilà pourquoi l'écrivain nihiliste ne ripoline pas ses lettres de citations : « Je n'ai pas mes livres sous la main. » Manifestement, BHL écrit depuis sa bibliothèque. MB écrit « ténia » dans une phrase, et son correspondant s'emballe : « Attention au ténia, mon cher Michel. C'est le mot de Céline sur Sartre dans L'agité du bocal. »
BHL a en effet a tendance à s'emballer, il le sait, il est « celui qui monte sur ses grands chevaux », notamment sur l'engagement. MB se sent d'avantage « usager » que « citoyen. » Lévy énumère ses faits de plume partout où il y a la guerre. Sincères, intéressants, mais souvent grotesques, les auteurs se fourvoient dans un procédé qui en fait les égaux de Régine ou Laurence Boccolini : plutôt que douiller pour une psychanalyse, ils la vendent à 150.000 exemplaires.
Lamentable mais le Swâr en parle quand même Pour ceux qui n'ont jamais lu BHL et H et tous les autres "à la mode" je leur conseille le très bon "Et si c'était niais ?" écrit par un "nègre" et paru en poche début du mois. Cet auteur pastiche tous les auteurs et réussi diablement bien à reproduire leur style.Sinon, en matière de littérature, il en faut pour tous les goûts et libre à nous de ne pas acheter ces livres "lamentables" ou non. Leurs éditeurs pensent faire du fric et ils ont raison quand on voit comme certains lecteurs se régalent de ragos.
Je suis en train de le lire, car je l'ai acheté cette après-midi. A mon avis, on peut se passer des contributions de BHL, qui sont convenues, mais les lettres de HOUELLEBECQ sont incroyables...Tout ça est hautement provocateur et politiquement incorrect... Vraiment nécessaire à notre époque. On prend ces vérités en pleine figure. Quand MH dit que "Pascal lui paraît plus violent qu'un groupe de heavy metal", c'est rigolo, puis, on se dit que ce n'est peut-être pas si idiot que ça ! (P. 145). Bref, il me fait RIRE (mais j'ai un humour très particulier... )
"Le Soir" devrait d'urgence interviewer Houellebecq - qui apparemment écrit ce livre de Bruxelles - dans sa rubrique "rédacteur en chef d'un jour" (ou "grand témoin"?). Vous avez déjà raté Philippe MURAY, qui est décédé l'année dernière, essayez de ne pas rater celui-ci...
@luc26 (9) Il est difficile de confondre Houellebecq avec Marc Levy, ou Gabriel Musso... ça n'a vraiment rien à voir... Il faut vraiment ne pas avoir lu Houellebecq pour dire ça ! Il est impossible de comprendre totalement notre époque si on n'a pas lu "les particules élémentaires"... Que ce livre ne soit pas amusant, je suis assez d'accord... Que ce livre détruise quelques mythes contemporains confortables, comme mai 68 et ses conséquences, c'est incontestable !
Médiocrité... Très médiocre ce Houellebecq... le pire est que ça fonctionne. Plus c'est mauvais, plus on achète : voir les Gabriel Musso, Marc Lévy et les derniers Nothomb. Que de l'opportunisme en fait et du commerce ! Ou l'art de faire du fric avec de la crotte. Et dire qu'il y a actuellement de très grands écrivains, jeunes et moins jeunes, moins connus ou qui refusent le battage médiatique...
La question n'est pas tant que Michel Houellebecq dénonce "notre veule époque". En réalité, il l'incarne parfaitement.Notamment en écrivant très médiocrement (ah, le fameux ventre mou des 'Particules élémentaires'...)
En définitive, si BHL est en réalité un triste philosophe, Michel Houellebecq est un romancier extraordinaire... dans sa dénonciation du politiquement correct et de notre veule époque... Il reste le seul dans son genre. Songeons à son interview au magazine "lire" où il fustigeait l'islam, avec des années lumière d'avance... "Les particules élémentaires" sont un livre à lire pour comprendre notre époque...
J'ai lu les extraits que publie "le nouvel observateur" hier... mais je dois avouer que je n'ai lu que les seules lettres de "Michel" et pas celles de "Bernard-Henri", lequel, je dois l'avouer, m'insupporte totalement... Ces lettres sont vraiment amusantes...Un humoir noir vraiment ravageur, et une critique de BHL au vitriol... En plus, il y a une autre caractéristique éminente de ce livre: c'est la noire détestation de la classe des journalistes, qu'ils pourfendent de manière absolument jouissive. Alors ça ne m'étonne pas que les journaleux n'en écrivent pas du bien...
;o) Moi ils me font bien marrer! Ils sont tellement grotesques à s'auto-congratuler et s'auto-apesantir sur leur tragique destin.... La plus tragique, finalement, c'est que finalement personne ne les déteste à ce point-là: tout le monde s'en fout de leurs états d'âme! Mais il est bien plus dur d'accepter de susciter l'indifférence que de croire que l'on provoque la haine quand on est de si grands hommes ;o)....Dans une traduction d'une expression anglophone, je trouve remarquablement drôle de partir à ce point à la pêche au compliment...
et donc le coup médiatique qu'ils font, c'est de sortir un livre où les journalistes peuvent faire la promo en disant que c'est de la merde puisqu'il s'agit de deux auteurs qui suscitent le mépris. Effectivement, bien vu Charline Vanhoenacker.Je propose "les auteurs se victimisent et les journalistes sont floués"