Pauvre Zonzon Pépette !

PIERRE MAURY

vendredi 26 septembre 2008, 12:13

Zonzon Pépette emmerde le monde entier.

Pauvre Zonzon Pépette !

Photo : D.R.

Au début du roman d'André Baillon (1875-1932), elle emmerde un client anglais à qui elle a volé son portefeuille mais pas sa montre ; un flic croisé dans une rue de Londres ; des jeunes femmes qui pourraient plaire aux hommes mais ne pensent pas à l'amour vénal ; Henry-le-Gosse, quand il lui dit que son homme s'impatiente ; son chéri du moment, quand il a vu la balafre à travers son ventre ; son homme lui-même ; etc. Son « Je t'emmerde ! » répété donne le ton. Vocabulaire limité mais verbe haut, Zonzon court l'aventure et les rues, à la recherche du micheton auquel elle fera les poches après avoir épuisé son désir sexuel…

Baillon a souvent eu l'inspiration autobiographique. En envoyant Zonzon à Londres, il utilise vraisemblablement l'expérience de Marie Vandenberghe, prostituée flamande qu'il avait épousée en 1902, et qui avait fait ce voyage dans l'exercice de sa profession. Il plonge avec ardeur dans un monde parallèle où toutes les femmes sont prêtes à se vendre et tous les hommes à monter des cambriolages. Le sentiment n'est pas tout à fait absent mais repose souvent sur des rapports de pouvoir. « Mon homme », dans la bouche des filles, signifie « mon protecteur, mon souteneur ».

Les haines sont féroces, surtout entre les prostituées. Zonzon et Betsy, en particulier, se détestent. On comprendra plus tard quels événements les ont montées l'une contre l'autre, au point de provoquer, dès la fin du premier chapitre, la mort de Zonzon : « Il est peut-être idiot de commencer la vie d'une femme par sa mort, mais enfin si l'on vit, c'est pour qu'on meure. »

Tout le roman n'est ensuite qu'un long flash-back, une suite d'anecdotes que Baillon enfile sans trop se soucier de les inscrire dans une construction d'ensemble. Mais en rendant vraisemblable cette déchéance urbaine.

Lecture le 4/10 à 19 heures (Botanique).

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