Les médias privés déclarent la guerre à la RTBF
GORISSEN,AGNES
jeudi 14 janvier 2010, 09:55
La RTBF devient RTBF.be pour renforcer sa présence sur les nouveaux médias numériques. Les médias privés, presse, radio et télé, dénoncent une « concurrence déloyale menée avec l'argent public ». Le gouvernement de la Communauté française est saisi du dossier.
Jean-Paul Philippot Photo : Belga
Il y a eu l'INR, la RTB puis la RTBF. Désormais, ce sera la RTBF.be. Anecdotique ? « Certainement pas, déclare Jean-Paul Philippot, administrateur général de la radiotélévision publique francophone. C'est un jalon, un tournant supplémentaire dans une longue évolution. » Tout part d'un constat : « La réception radio ou télé ne dépend plus d'un câblo-opérateur ou d'un émetteur FM, la technologie n'est plus la propriété de certains mais un objet utilisé par tous. Grâce à internet, on peut regarder la télé ou écouter la radio sur son ordinateur ou son téléphone portable. Si l'on regarde nos chiffres, les moins de 34 ans vont à 45 % chercher leur info sur rtbf.be, 12 à 15 % seulement dans le JT de 19 h 30 ou le Journal parlé de la Première. »
Les signataires réclament
Rossel (Le Soir, Sud Presse, L'Echo)
IPM (La Libre Belgique, DH-Les Sports),
Les Editions de l'Avenir (L'Avenir-Le Jour-Le Courrier)
RTL Belgium (RTL-TVI, Club RTL, Plug RTL, Bel RTL, Contact)
NRJ (NRJ, Nostalgie).
D'autres chiffres sont éloquents : chaque mois, le tout récent site rtbf.be/tv, qui permet de revoir gratuitement les émissions des six derniers jours, recense 1,5 million de vidéos vues ; en un mois également, rtbf.be/info reçoit 1,1 million de visiteurs uniques et 2,2 millions de fichiers radios sont podcastés.
Jean-Paul Philippot insiste : « Nos missions restent inscrites dans un socle qui ne varie pas : valeurs de service public, qualité, déontologie journalistique, ancrage dans l'espace culturel francophone, et création production. Mais il fallait le .be pour mieux couvrir l'ensemble du public, des citoyens, et accompagner la génération digitale. »
Concrètement, au-delà du logo modifié ? La RTBF ouvre très largement son offre internet. En plus des sites rtbf.be/info et /sport et /tv, en plus des sites liés à certaines émissions (Sans chichis, D6bels), de nouveaux sites vont faire leur apparition. Il s'agit de rtbf.be/maregion, consacrée à la proximité au sens le plus large (avec une application GoogleMap pour trouver les adresses repérées), de rtbf.be/lapremiere (spécifiquement lié à la station de radio, comme Classic 21 et Pure FM en avaient déjà un), de rtbf.be/video, où l'on pourra retrouver tous les contenus de la chaîne (mais on ne pourra rien y poster), rtbf.be/labs, destiné aux internautes « pointus » désirant tester des nouveautés ou en parler, rtbf.be/jeuxvideos et rtbf.be/entreprise, un portail dédié aux activités de la RTBF et de ses filiales. Des sites qui seront tous gratuits (sauf rares exceptions pour certains contenus) et aussi accessibles via Facebook et Twitter.
Un développement qui a immédiatement déclenché la colère des éditeurs de journaux et des radios et télévisions privées. Mercredi après-midi, ils ont dégagé une position commune, résumée dans un communiqué qui ne tourne pas autour du pot. Ils estiment que le « plan de développement multimédia présenté par la RTBF (
) crée une distorsion intolérable de concurrence. Les efforts des éditeurs privés pour trouver un nouveau modèle d'affaires susceptible de financer les contenus journalistiques pluralistes et de qualité sont anéantis par cette concurrence déloyale subventionnée par les pouvoirs publics ». Constatant que « ce débat est pris très au sérieux par les autres gouvernements européens », rappelant qu'ils ont effectué, sans succès, de « multiples démarches auprès des autorités publiques en vue de mettre en place un environnement concurrentiel équilibré », les signataires réclament la suspension du plan de la RTBF et une concertation urgente avec le gouvernement de la Communauté française et les dirigeants de la RTBF afin de définir le périmètre d'activités des médias de service public.
La RTBF a réagi à ce texte par un autre, dans lequel elle « s'étonne et regrette » la réaction des éditeurs et leurs conclusions. Tout en se disant prête à discuter avec les éditeurs de presse écrite, elle estime qu'elle ne fait que prolonger ses activités en radio et télévision, et elle rappelle que le contrat de gestion signé avec la Communauté française ainsi que le plan stratégique adopté par son conseil d'administration lui imposent « de remplir au mieux ses missions en rendant ses contenus accessibles à tous les publics, y compris sur les nouvelles plates-formes de diffusion ».
Ce que l'on reconnaît d'ailleurs du côté du cabinet de la ministre de l'Audiovisuel, Fadila Laanan. En même temps, on y juge la position des éditeurs légitime vu la nouvelle situation de convergence des médias, qui pose de nombreuses questions, entre autres en termes de subsidiation. Fadila Laanan admet volontiers avoir été saisie de la question par les médias privés, c'est d'ailleurs pour ça qu'elle avait lancé les états généraux des médias. Le hic, c'est que le parlement de la Communauté française, qui s'était engagé il y a une petite année à les organiser, ne l'a pas fait jusqu'ici