La jolie saga des Kapla et de leur créateur

AGNES GORISSEN

mercredi 15 décembre 2010, 10:04

« Coûte que coûte » nous raconte l'histoire d'un des plus géniaux jeux de construction

La jolie saga des Kapla et de leur créateur

On peut tout faire avec Kapla, des formes les plus rectilignes aux plus rondes Avec, en prime, le plaisir de tout démolir après© d R

Les parents dont les enfants sont aujourd'hui des adultes d'au moins trente ans ont une excuse. Pour tous les autres, bonnet d'âne et punition. Parce que ne pas connaître les Kapla, c'est un crime de lèse-enfance. Bon, un petit mot d'explication pour les grands cancres : les Kapla, ce sont ces petites planchettes de bois, toutes absolument de la même longueur, vendues dans des boîtes qui ressemblent à des barils de lessive. Avec ce jeu de construction tout simple, on peut réaliser tout ce qu'on veut : un immeuble gigantesque, un animal, des personnages et même la tour Eiffel. Un pur bonheur créatif, suivi du plaisir (tout aussi intense pour les mômes) de pouvoir tout casser pour entreprendre autre chose.

Ce que même les adeptes de ce jeu ignorent, en revanche, c'est l'histoire incroyable des Kapla et de leur créateur, Tom van der Bruggen. Une histoire que nous fait découvrir ce soir Coûte que coûte. En 1970, Tom van der Bruggen a 25 ans et son métier d'antiquaire est loin de satisfaire son état d'esprit hippie. Il laisse tout tomber, quitte la Hollande avec sa femme et s'installe en France, dans un trou perdu de l'Aveyron. Il rêve d'un château, mais avec ses maigres économies, il s'achète… une grange délabrée.

C'est en retapant, agrandissant, peaufinant son manoir – ça lui prendra quinze ans – que lui vient l'idée de génie. Il veut en effet d'abord réaliser une maquette de ce qu'il veut construire. Il utilise pour ça des cubes de bois. Et ça ne fonctionne pas : impossible avec ça de construire un toit. Le Hollandais réfléchit pendant des jours et trouve la solution : il faut non pas des cubes mais des planchettes. Il gardera l'idée dans un coin de sa tête jusqu'en 1986. Là, à quarante ans passés, il décide de transformer sa trouvaille en business et crée Kapla.

Tom van der Bruggen fabrique lui-même, dans son atelier, les 400 premières boîtes et les emballe dans des barils de lessive parce que c'est pratique, bon marché et solide – devenus une façon de reconnaître le jeu, les tonnelets resteront. Reste à trouver comment vendre cette nouveauté. Le Hollandais réussit à passer à la télé, notamment (en 1988) au célèbre Club Dorothée, regardé par des milliers d'enfants. Mais les ventes ne décollent pas, les magasins jugent le concept trop simple. Puis, grâce à des contacts politiques, il parvient à se faire ouvrir les portes de plusieurs écoles pour des démonstrations. Et là, bingo ! Depuis, Kapla est inlassablement dans le top 20 des jouets les plus vendus.

Rançons du succès : il a d'abord fallu trouver des moyens de produire moins cher, quitte à délocaliser une partie de la fabrication. Ensuite, des concurrents n'ont pas manqué d'exploiter ce créneau porteur, souvent avec des produits moins coûteux mais de moins bonne qualité. Pour rester leader (et entretenir une fortune dont il n'a pas honte), Tom van der Bruggen vient donc d'inventer un nouveau jeu de construction, plus sophistiqué, avec un système d'attaches. Et, à 64 ans, il a ressorti son costume de démarcheur commercial.

Coûte que coûte , RTL-TVI, 19 h 45.

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