C'est un objet de librairie non identifié. Moins un livre qu'une « livraison », selon le mot de son auteur. Le titre même est à double sens : « Expulsion ». Pour Alain Genestar, il fallait tout simplement que « ça » sorte. « Ca » ? Le témoignage de son éviction de Paris Match après la fameuse couverture sur Cécilia Sarkozy et Richard Attias parue en août 2005 et qui avait beaucoup déplu le mot est faible à celui qui n'était encore que ministre de l'Intérieur.
Ces cent cinquante pages, qui sortiront mardi aux éditions Grasset, sont moins écrites que racontées. Alain Genestar n'a voulu leur consacrer que quelques jours pour en finir une fois pour toutes et passer à autre chose. Mais elles offrent un éclairage sidérant sur les relations entre le pouvoir et les médias en France. En pleine affaire PPDA, cette confession, qui se dévore d'une traite, ne pouvait mieux tomber pour aider à comprendre comment s'exerce ce qu'on appelle pudiquement une « influence » politique et qui prend parfois une allure autrement plus brutale. Témoin, cette scène que décrit l'ancien directeur de l'hebdomadaire quand il a Nicolas Sarkozy au téléphone quelques jours après la parution du magazine. « De ma vie, je n'ai eu un entretien téléphonique de ce genre ( ) : une longue phrase sans point ni virgule, sans bonjour ni salut, juste une phrase non pas brûlante comme une poêle chauffée à blanc, mais froide comme l'acier d'un harpon planté dans la banquise ( ). Il ne s'agissait pas d'une « engueulade » (après tout compréhensible, pourquoi pas méritée) mais d'une menace, glaçante, sur mon avenir... De mémoire, cette longue phrase me rendait responsable de tout ce qui allait arriver, à cause de moi, dans sa famille, n'excluant pas des drames, prononçant même ce mot : « Tu seras responsable d'un drame ». Et concluant, glacial : « Jamais je n'oublierai ce que tu m'as fait ».
Alain Genestar démonte la lente mécanique de son licenciement. Car bien sûr, sa tête ne pouvait immédiatement tomber juste après l'incident. L'ex-patron raconte même que plusieurs mois après, lors d'un rendez-vous au ministère de l'intérieur, Nicolas Sarkozy lui lâche cette phrase : « En tout cas je n'ai pas demandé ta tête ». Un mensonge culotté, à l'en croire. Elle allait ensuite rouler sous le couperet d'Arnaud Lagardère, le propriétaire du journal qui parle de Nicolas Sarkozy comme de son « frère ».
Alain Genestar le dit lui-même, il n'a rien d'un antisarkozyste primaire. Sa plume balance même plutôt à droite et le personnage Sarkozy, à défaut de le fasciner, l'intéressait durant la campagne présidentielle. Les deux hommes se connaissaient et se tutoyaient, même s'ils n'étaient pas à proprement parler des amis. Alain Genestar se rappelle même d'un déjeuner qui lui a fait « honte » avec un Nicolas Sarkozy fou de rage et de haine juste après la nomination de Jean-Pierre Raffarin à Matignon au lendemain de la drôle de présidentielle de 2002 où Jacques Chirac avait battu Jean-Marie Le Pen.
Publier en couverture la photo de Cécilia Sarkozy avec son amant ? C'était le devoir ou en tout cas la vocation de Paris Match, selon son ex-patron. Bien sûr, l'ancien capitaine du plus beau navire « people » de France ne se drape pas dans la vertu. Il réhabilite les paparazzis (les photos volées, au moins, disent plus vrai que les photos posées, assure-t-il) et ne feint pas de jouer l'angélisme dans un monde où les photographes passent à la « banque » quand ils ont du chaud et où les patrons de presse achètent tout ce qui sort de leur fourneau même s'ils ne publient rien, juste pour « bloquer » la concurrence. Mais cela n'empêche pas ce journaliste de talent de parler honneur, loyauté, et indépendance.
Certes, on sent beaucoup d'amertume dans ce témoignage. Mais cela n'enlève rien à sa pertinence. Genestar n'est jamais plus convaincant que lorsqu'il démonte les ressorts de l'étrange liaison qui unit Nicolas Sarkozy aux journalistes : une façon inédite pour un président de leur donner chaque jour tant et tant qu'ils en finissent par s'autocensurer pour ne pas risquer d'être privés de ses confidences. Pour reprendre un mot de Carla Bruni sur son dernier album, il est devenu leur came.
Mitterrand en avait fait des chiens, Sarkozy en a fait des esclaves: les journalistes, professionnels ou autres, ne peuvent pas se passer du roitelet élyséen. Qu’il divorce, fricote, caresse les despotes dans le sens du poil ou s’augmente, ils sont tous derrière, obéissants et serviles, attendant d’aller chercher la baballe. Ce jeu, ils en vivent et en redemandent, avec tous les risques que cela comporte. Qu'ils assument, donc...
« l'idéal, c'est que la presse soit organisée avec une telle finesse qu'elle soit en quelque sorte un piano sur lequel puisse jouer le gouvernement »....Goebbels.
VOYONS Il est très vraisemblable que Sarkozy ait tout fait pour dégommer Genestar, mais soyons lucide deux secondes:1. On peut difficilement croire que Match soit, ou ait jamais, été un magazine de gauche2. Soyez honnêtes, croyez-vous que dans votre vie professionnelle vous ne glisseriez pas une peau de banane, si vous avez le pouvoir de le faire, à celui qui vous a joué un tour de cochon des plus dégueulasses ?3. Quant au rapports du pouvoir avec la presse, gauche ou droite, ils ont toujours existé et ce n'est pas en Belgique (cf. RTBF) que cela va cesser
salsa, mazeltov Attaquez les arguments plutot que l'argumentateur, en faisant des procès d'intention mesquins. Si vous considérez toutefois que ce ne sont pas des arguments, pourquoi y répondez vous?
Ne serait-il pas plus judicieux, Madame Meskens, de nous éclairer sur la lutte qui se profile actuellement en vue de remplacer le Premier Secrétaire du PS français ? Il me semble que ces enjeux -là sont éminemment plus importants que les états d'âme d'un ex-dirigeant de magazine à scandales...
[5] mazeltov Parce qu'il faudrait applaudir Sarko, d'après vous ? Il nous rejoue la grenouille qui se voulait plus grosse que le boeuf sans cesse depuis des mois (qui a dit des années ?), en utilisant toutes les ficelles possibles et imaginables, aussi peu respectables soient-elles. Reste à voir quand il va exploser.
Encore un articulet anti-sarko, svp, Madame Meeskens, videz votre corbeille, on n'en peut plus . De toute façon, on n'en a rien à cirer de votre ennemi intime. Ou alors, êtes-vous secrètement jalouse de Carla ?
Euphémisme... "Du grec Euphemismos (« emploi d'un mot favorable »), un euphémisme est une figure de rhétorique (ou figure de style) qui consiste à atténuer ou adoucir une idée déplaisante." Exemple : "les ressorts de l'étrange liaison qui unit Nicolas Sarkozy aux journalistes" au lieu de : "les ficelles des accointances scandaleuses qui unissent le pouvoir et les médias"
On s'en fout de Genestar ! C'est pas moi qui vais le plaindre ! De toute façon, Paris Match est un torchon... et à force de jouer avec le feu du sensationnel, que l'on ne vienne pas pleurnicher parce qu'on s'en est brûlé les doigts !