Diversidad ou la culture européenne urbaine
MANCHE,PHILIPPE
mercredi 31 mars 2010, 10:12
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20 artistes hip hop en provenance de 14 pays européens composent et enregistrent actuellement l'album « Diversidad ». Pitcho et Rival sont les deux rappeurs belges de ce salutaire et atypique projet. Visite exaltante au studio ICP à Bruxelles.
Pitcho et Rival, les deux représentants belges du projet Diversidad © DOMINIQUE DUCHESNES
Mardi 30 mars, 14 heures. John, le patron du studio ICP a le sourire aux lèvres. La vingtaine de rappeurs européens qui viennent d'investir les lieux propage une énergie incroyablement positive dans ce studio mythique où Alain Bashung était chez lui. « Je rêve d'avoir des artistes hip-hop à longueur d'années, ce sont les plus cools » s'exclame-t-il. Un bien beau compliment. Diversidad, cest quoi ? À l'initiative de l'European Music Office, une association sans but lucratif, et avec le soutien de la Commission européenne, une douzaine d'artistes (européens) ont enregistré un premier single en 2008 sous la bannière Diversidad. Et ce, dans le cadre de l'année du dialogue interculturel. Deux ans plus tard, ce sont 20 artistes de hip-hop en provenance de 14 pays s'installent 10 jours à Bruxelles au studio ICP afin d'enregistrer l'album Diversidad. Amorcé par un single en juin, l'album sortira cet automne. La Commission européenne finance à raison de 930.000 euros. Les partenaires de L'EMO ajoutent la même somme. Au printemps 2011, Diversidad sillonnera l'Europe avec une expo qui voyagera dans les différentes capitales européennes. L'été 2011, les artistes Diversidad se produiront dans une dizaine de festivals européens. Et comme de juste. À l'heure de table les journées commencent à 10 heures pour s'achever 14 heures plus tard les artistes bavardent en avalant de la salade, des courgettes ou des aubergines farcies. On a juste le temps de siffler un coca qu'on nous emmène à l'étage. C'est ici que les quatre beat-makers du projet Diversidad ont leurs quartiers. C'est dans ce laboratoire que naissent les sons de ce projet fou, utopique, insensé. Imaginez 20 artistes hip-hop en provenance de 14 pays en résidence dans un studio avec la mission d'écrire et d'enregistrer un album en dix jours ? C'est toute la beauté de ce projet qui est une plateforme d'échange entre les artistes. Qu'est-ce que l'Europe aujourd'hui ? Une Abstraction institutionnelle ? Les artistes n'en ont cure. Diversidad rend possible l'impossible. Et donne à travers le hip-hop un des mouvements musicaux les plus importants de ces trente dernières années une image positive et énergisante de l'Europe urbaine. On redescend au studio A où Pitcho doit poser sa voix sur un morceau actuellement sans titre. L'Allemand Michael S. Kurth, alias Curse fait figure de référence hip-hop chez lui. Michael est également l'un des deux producteurs exécutifs de Diversidad, l'album. « C'est fabuleux, s'emballe-t-il. C'est notre cinquième jour ensemble et il se passe toujours quelque chose. C'est d'autant plus beau que tout le monde chante dans sa langue. » Pitcho qui termine sa partie sur une instru quasi cinématographique nous explique de quoi il s'agit. « Le concept du morceau, c'est le dernier jour. Le Portugais a écrit un texte sur son dernier jour de boulot, l'Allemand Mariama raconte sa parano et le Hollandais son dernier jour via un crash en voiture. J'aborde le dernier jour de l'humanité en expliquant que les révolutions ne servent à rien. » On est bien loin des clichés qui continuent à mépriser cette culture aussi créative que positive. Rival est lui aussi transcendé par ce projet. « On s'aide ou on s'épaule quand on coince sur un texte. On crée dans l'urgence. On se balade à l'étage, on entend des sons et on écrit. Cette dynamique de l'urgence est une des particularités du hip-hop. » En retournant au studio A, le temps que Dominique (Duchesnes) immortalise nos deux Belges, on croise Orelsan. Le Français s'était retrouvé l'été dernier au cur d'une vaine polémique autour du morceau « Sale pute », qui ne figurait même pas sur son premier album. Mais pour l'heure, Aurélien, casquette des Lakers vissée sur le crâne, est à la bourre. « Je dois finir un refrain » nous explique le jeune homme. « Abdel Malik (un des parrains du projet avec Akhenaton d'IAM NDRL) décrit sa vie période par période. En gros, le morceau parle de résilience. Tu apprends de tes erreurs et tu recommences un nouveau cycle de ta vie. » Est-ce que sa participation à Diversidad va changer sa manière de travailler ? « C'est sûr que chez moi, avec mon studio dans mon garage, je fais un son quand je veux, poursuit Aurélien. Ici, c'est ça qui est intéressant et stimulant, tu es dans l'urgence en permanence. » Une urgence saine. Une énergie communicatrice. Une énergie po-si-tive !
