A Silver Mt. Zion et The Besnard Lakes venus de Montréal

Didier Zacharie

dimanche 04 avril 2010, 15:42

A Silver Mt. Zion ont investit l'Orangerie du Botanique vendredi tandis que The Besnard Lakes jouaient au Trix à Anvers le lendemain. Résultat des courses, Montréal se porte à merveille, merci pour elle.

Montréal, vers le milieu des années zéro, était considéré par la presse musicale comme le nouvel eldorado du rock : Arcade Fire, The Dears, Godspeed You ! Black Emperor, A Silver Mt. Zion, Wolf Parade, Stars ou The Besnard Lakes, la plupart des ces groupes créaient pourtant leur son dans l'ombre depuis un moment déjà. Cinq ans après la hype, deux formations de la ville aux cent clochers se produisaient chez nous à un jour d'intervalle : A Silver Mt. Zion à l'Orangerie du Botanique vendredi et The Besnard Lakes jouaient au Trix à Anvers le lendemain.

A Silver Mt. Zion, l'envol de l'oiseau

Né comme un projet satellite des essentiels Godspeed You ! Black Emperor, A Silver Mt. Zion a depuis la retraite de l'Empereur, pris le relais. Mais là où Godspeed s'intéressaient surtout aux sons qu'ils pouvaient tirer des guitares électriques (jetant de cette manière les bases du post-rock), A Silver Mt. Zion offre à écouter une musique plutôt portée sur les voix et les instruments acoustiques. Une musique inclassable (on y trouve aussi bien du punk que de la musique classique, du folk traditionnel que du rock progressif et des chants religieux), et surtout libre de toute contrainte. Une musique d'une pureté émotionnelle, capable, pour reprendre un de leur titre, de déplacer des montagnes.

En live, les choses se présentent ainsi : sept ou huit titres pour un set de presque deux heures. Le groupe est disposé en demi-cercle : les deux éléments féminins au violon à l'extérieur, la guitare d'Efrim Menuck faisant face au contrebassiste, et le batteur pour rejoindre les points. Le concert démarre à l'instar du dernier album « Kollapse Tradixionales », de manière plus ouvertement rock (un tournant déjà perceptible sur le précédent « 13 Blues For Thirteen Moons »), avec le titre ‘I Built Myself A Metal Bird'. Et on gravit le Mont Sion en même temps que les mélodies se détachent, que les voix se libèrent, et on finit par s'envoler, simplement, comme un oiseau vers la Beauté.

Entre les morceaux, Efrim s'enquiert du public, discute avec lui, parle de tout, de rien, de l'état du monde et des siens. Car A Silver Mt. Zion est aussi un groupe engagé, à l'éthique punk ‘Do It Yourself' (depuis les années GY ! BE, ses membres enregistrent dans leur propre studio et sortent leurs disques sur leur propre label Constellation… libres, donc) et prend la tâche qu'il s'est donné au sérieux : Offrir un peu de beauté et d'espoir dans un monde qui perd de jour en jour un peu plus son âme. Et depuis sept albums, le Mont Sion y parvient de manière somptueuse et sans faille.

The Besnard Lakes, l'écran de fumée

Retour en terrain plus connu avec les Besnard Lakes. Ici, on parle psychédélisme vintage, guitares par couches et rythmique lourde. Formé autour du couple Jace Lasek/Olga Goreas, les Besnard Lakes s'étaient fait remarquer il y a trois ans avec leur deuxième album « … Are The Dark Horse ». Ils reviennent aujourd'hui avec un disque d'aussi bonne facture, « … Are The Roaring Night » sur lequel on retrouve également des membres de… A Silver Mt. Zion (comme c'est bien fait !).

C'est pourtant dans la petite salle du Trix (200 personnes) tristement pas remplie que le quatuor s'est produit samedi soir. Le concert valait pourtant le déplacement. Longues montées enfumées (au sens figuré, et au sens propre… on parle de l'utilisation de fumigènes), chant aigu et embrumé et cette basse lourde qui tire le véhicule, les Besnard Lakes n'ont eu aucun mal à nous convaincre de les suivre. Sûr, tout cela est très référencé seventies (jusque dans le look chemise country, lunettes fumées du chanteur), mais à l'instar des Black Angels, Black Mountain et autre Brian Jonestown Massacre, les Besnard Lakes retirent des années septante ce qu'on semble avoir perdu en route, à savoir l'idée d'un monde ouvert et idéaliste, d'un esprit communautaire et une invitation au voyage cosmique loin des contraintes matérialistes. C'est déjà énorme.

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