De l'opérette à la comédie musicale

SERGE MARTIN

mercredi 07 avril 2010, 15:47

Dans le genre léger, le théâtre musical – opérette ou comédie musicale – n'a pas bonne réputation. Deux livres viennent les réhabiliter.

De l'opérette à la comédie musicale

La comédie musicale, genre méconnu, avait besoin d’un guide en français C’est ce que nous offre Alain Perroux avec son ouvrage « La comédie musicale, mode d’emploi », éditée par « L’Avant-S

Hormis quelques tubes bien connus des Strauss, Lehar et (surtout) Offenbach, l'opérette passe pour un genre désuet. Ses succès restent pour beaucoup une sorte d'antique divertissement, irrémédiablement classé « chansonnette » après le massacre du genre par Tino Rossi et Luis Mariano. Les auteurs en sont sans doute aussi en partie responsables… à force de cultiver les sujets désuets du type « Le chapeau de Tante Ursule ».

Mais une troupe comme Les Brigands connaît de beaux succès avec ses reprises de succès anciens dans des productions légères et dynamiques qui voyagent facilement. Et la comédie musicale, qui a connu ses heures de gloire à l'ORW, sort de son ostracisme parisien avec le triomphe à Mogador depuis deux saisons du Roi lion et le retour soutenu du genre au Châtelet à Paris (La mélodie du bonheur, A Little Night Music, Magdalena de Villa-Lobos et Les Misérables sur la seule saison 2009/2010).

Deux livres nous apportent aujourd'hui les moyens d'une étude plus approfondie du phénomène.

Avec Benoit Duteurtre, l'opérette trouve son plus fidèle défenseur. L'écrivain et critique français s'était lancé en 1997 dans une défense et illustration du genre en France : il nous en offre aujourd'hui une édition remise à jour. L'ouvrage nous fait parcourir les différentes époques : débuts conjoints sous la houlette d'Hervé et d'Offenbach, essor sous la 3e république avec Lecoq (La fille de Madame Angot) ou Planquette (Les cloches de Corneville), la Belle Epoque avec l'art raffiné de Messager (Véronique), l'ironie persifleuse d'une génération qui découvre la musique américaine sur les livrets savoureux de l'ineffable Albert Willemetz. Les grands compositeurs, Honegger (Le roi Pausole) et Pierné (Fragonard) vont s'y mettre à leur tour avant que le genre ne sombre dans le grand spectacle à effets, enlevé par des stars de la chanson (Tino Rossi ou Luis Mariano). Un historique serré et érudit qui a le bon goût, à l'instar du sujet traité, de vouloir plaire.

Du côté de l'Amérique

Si le public conserve une mémoire parfois un peu surannée du monde de l'opérette, la comédie musicale, un genre typiquement anglo-saxon, historiquement lié à New York et Londres avec les théâtres de Broadway et du West End, est, elle, un domaine méconnu pour le public francophone. Ses règles de fonctionnement sont claires : mélange continu du théâtre parlé, du chant et de la danse, rythme effréné de la représentation, sonorisation des interprètes. On est dans le monde du « business », les productions doivent être rentables. On jouera donc beaucoup (huit fois par semaine avec un seul jour de relâche) et longtemps (de plusieurs mois à deux, trois ans). Aujourd'hui, le marché se mondialise avec des troupes formées aux exigences des productions comme Les misérables, The Phantom of the Opera ou Chicago qui parcourent le monde entier. A noter une autre particularité de la comédie musicale : ses liens étroits avec Hollywood qui a filmé à peu près tous les grands succès et a même créé ses propres produits, ensuite repris sur scène, tel le fameux Singin' in the rain qui fit la gloire de l'ORW. La comédie musicale avait besoin d'un guide en français. C'est ce que nous offre

Alain Perroux avec son La comédie musicale, mode d'emploi, éditée dans la collection du même nom de L'Avant-Scène Opéra. Une collection qui, comme toujours, est plus qu'un simple historique. L'ouvrage s'efforce donc d'abord de définir un genre, ce qui n'est déjà pas si simple. Il nous décrit ensuite son histoire, nous offre une fiche technique approfondie (circonstances de créations, résumé du livret, liste des « hits », interprètes principaux) sur 101 comédies musicales au théâtre et 15 au cinéma ainsi qu'un dictionnaire des principaux intervenants, de George Abbott, un des plus célèbres metteurs en scène de Broadway à Florenz Ziegfeld, le producteur d'un des plus célèbres spectacles de ballerines, les somptueuses « Follies » qui portaient son nom. Mais on ne vous cachera rien des coulisses de l'exploit : un glossaire des termes techniques permet de s'y retrouver dans un langage très imagé, un chapitre décrit minutieusement les différentes étapes de la réalisation d'un spectacle et explique les partages de tâches : le compositeur fait souvent orchestrer ses chansons par quelqu'un d'autre et l'auteur du livret est rarement responsable du texte des chansons, les « lyrics » (dans West Side Story, ce sera le jeune Stephen Sondheim).

Cerise sur le gâteau, l'auteur nous offre en prime l'analyse de trois tubes célèbres (« Ol' Man River », « Soliloquy » et « Send in the clowns » extrait de Show Boat, Carousel et A Little Night Music). Un ouvrage de référence.

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