Reine Elisabeth : Favorin décevant, Kim Da Sol fin musicien
MARTIN,SERGE;FLAMENT,XAVIER
lundi 24 mai 2010, 23:55
Finale : la soirée de lundi Considéré comme l’un des favoris, le Russe Yury Favorin, 24 ans, a fait les frais d’inaugurer cette session piano. Kim Da Sol, lui, confirme sa réputation. Par Xavier Flament et Serge Martin
Quelle idée aussi d’ouvrir avec la Hammerklavier que même les beethovéniens chevronnés appréhendent pour ses mensurations monstrueuses et l’étendue des affects et des moyens pianistiques qu’elle exige.
Favorin est un être humain face à son destin. L’immensité de la tâche lui lie au corps épaules et avant-bras. On le voit, on le ressent : il est en proie à une extraordinaire tension intérieure. Elle se matérialise chez lui par des tics qui, pour ponctuer le rythme, saccadent surtout l’énoncé.
Ses phrasés, plutôt que de prendre le galbe d’une arche, se muent en d’étranges sinusoïdes qui brouillent la lisibilité générale de l’œuvre.
Au demeurant, le matériau est là : une sonorité parfois bien timbrée, claire. Elle peut même irradier quand elle se fait percutante. On pressent qu’il n’y a pas que l’effet du stress à produire ce jeu instable, mais une personnalité tourmentée, expressionniste.
Malheureusement, son jeu décousu l’empêche de concrétiser une vision. Il n’y parvient pas plus dans Beethoven que dans le premier concerto de Liszt ou Target, l’imposé du jeune coréen Jeon Minje.
Une première lecture de cette œuvre qui révèle une composition surtout conçue pour mettre en valeur l’orchestre. Pauvre Favorin, c’est finalement l’Orchestre national et la chef américaine Marin Alsop qui lui volent la vedette.
Kim Da Sol : une belle mobilité
Kim Da Sol (Corée, 21 ans) confirme tout au long de sa prestation sa réputation de fin musicien. Sérieux des phrasés, subtil dosage des sonorités, un moderato sage et élégant, un allegretto pensif et rêveur, un presto final sautillant bien qu’un peu sage : tout est en place dans cette 31e sonate de Haydn avec laquelle il commence son programme. Hormis sans doute cette pincée d’espièglerie qui fait le vrai bonheur.
Dans Target, l’imposé de son compatriote Jeon Minje, le candidat coréen trouve des voies moins radicales que le Russe Yury Favorin qui a ouvert la soirée : des sonorités plus transparentes distillées avec une impression de rareté, des ostinati rythmiques qui créent une vraie stimulation réciproque avec les percussions. Les relations entre le soliste et l’orchestre en deviennent plus décontractées mais manquent d’éclat dans les grands tutti centraux.
Une telle réserve allait-elle soutenir les exigences du piano ample et profond de Brahms ? Kim Da Sol contourne l’obstacle par la qualité de son chant.
Tantôt réfléchi, tantôt apaisé, ce dernier ne recherche pas les grands emballements mais se laisse mouvoir avec une belle mobilité par la vélocité très plastique du jeu pianistique. Cette approche se fait toutefois un peu ténue dans le finale qui résume un certain manque de caractère et d’implication d’une interprétation par ailleurs fort attachante.