En novembre dernier, Charlotte nous parlait de son troisième album, IRM, réalisé par Beck. Elle nous avait confié son désir mêlé d'appréhension de monter enfin sur scène. Voilà, c'est fait. Ce printemps, elle a donné ses premiers concerts, préférant commencer sa tournée aux States avant d'en entamer le volet européen, notamment au Cirque royal et aux Ardentes. Elle a pris le temps de nous en parler, en toute décontraction, comme en vacances.
Pratique
Charlotte sera au Cirque royal ce 19 juin (infos : 0900/260.60) et aux Ardentes
le 10 juillet (www.lesardentes.be) www.charlottegainsbourg.com
Lors de notre dernière discussion, vous disiez que Beck allait se charger de former votre groupe. Tout s'est-il passé comme prévu ?
Oui... même si ça s'est passé un peu autrement ! C'est son claviériste qui a contacté les autres musiciens et qui s'est occupé de tout. Beck n'est pas encore venu voir le concert, d'ailleurs.
L'idée, bien sûr, était de réarranger aussi pour la scène les titres du précédent album, réalisé par Air
Oui, un album ne suffit pas et puis je voulais reprendre des chansons que j'aime. On les a adaptées à la formation mais je n'ai pas l'impression que le résultat est très éloigné des morceaux originaux. Je retrouve vraiment les chansons, et elles collent bien avec les nouvelles. Ce qui est bizarre car pour moi, les deux albums ne se ressemblent pas du tout. Sur scène, disons qu'il y a un côté un peu éclectique. Des ballades et des morceaux rythmés. Il y a un peu de tout, même si ce n'est pas de la variété
Je ne sais pas trop de quoi on a l'air, en fait.
Pourquoi avoir commencé par les Etats-Unis et le Canada ? Pour éviter la trop grande pression du public français ? Pour se rassurer ?
C'est moins intimidant de jouer devant un public qui ne vous connaît pas tout à fait. J'étais d'ailleurs assez surprise que les salles puissent se remplir. Je ne sais pas d'où le public me connaît. Des films ? Ou des deux disques qui sont sortis là-bas, où IRM a été assez apprécié ? Je bénéficie aussi de la notoriété de Beck. L'accueil, finalement, a été surprenant et agréable. C'est vrai que j'ai davantage de pression en France. Ce n'est jamais évident de passer à la scène pour une actrice. La France, c'est mon pays, donc j'en attends plus. Ça m'intimide beaucoup. J'ai le trac.
Et comment se sont passés ces concerts américains ? Il y a eu des annulations, des reports
Oui, d'abord on pensait faire l'Europe avant les Etats-Unis, puis on a inversé et, en janvier, comme je ne me sentais pas du tout prête, j'ai préféré reporter les dates en avril. Ça s'est bien passé. J'ai été portée par les gens. Il y a ce plaisir-là que j'avais sous-estimé, vu que je ne le connaissais pas. Je ne me rendais pas compte. On se sent très observée et mise à nu mais en même temps, il y a un vrai dialogue. C'est intimidant mais j'étais très heureuse d'être là, en fait. Il n'y a pas de marche arrière possible et il n'y en a pas l'envie de faire marche arrière.
C'est que du bonheur, quoi
Non car j'ai parfois l'impression de ne pas faire ce qu'il faut, je perds des mots. Plein de défauts me sautent à la figure. Pour ça, je suis aussi contente de pouvoir m'améliorer d'un soir à un autre, de progresser. Mais, donc, sur la balance, le positif l'emporte.
Pourquoi avoir attendu si longtemps pour monter sur scène ? Ne le regrettez-vous pas un peu ?
Non, il y a un temps pour chaque chose. Il fallait avoir les albums pour le faire, et le dernier est vraiment celui qui me permet de faire des concerts, car il a pour un moi un côté plus entraînant, un tout petit peu plus rock que le précédent.
Les salles intimes, c'est une chose mais on vous imagine moins facilement, avec votre voix et avec ce répertoire, dans des festivals en plein air comme le Coachella, les Ardentes ou les Francofolies de La Rochelle
Coachella, avec ses huit mille personnes, ça me paraissait déjà gigantesque quelque chose d'assez dément et en même temps très excitant. Je n'ai pas cherché à savoir où j'allais me produire, j'ai fait confiance aux programmateurs et aux gens qui m'entourent et qui savent mieux que moi. C'est comme la scène, je ne l'occupe pas. Je reste moi-même derrière le micro. Je ne fais pas d'effort par rapport à ça. Je ne vais pas commencer à danser, ça ne me ressemble pas. Je joue juste un peu de percussions, à un moment, c'est tout.
Sur scène, vous chantez aussi Serge Gainsbourg
Oui, jusqu'ici j'ai repris « Couleur café », « L'hôtel particulier », « Melody Nelson » ou « Sorry Angel ». Je ne sais pas ce que je ferai à l'avenir. Je verrai bien. C'est une envie que je m'autorise. Je ne trouve pas que je peux me permettre n'importe quoi juste parce que je suis sa fille, mais j'ose et c'est un vrai plaisir de les chanter, ces chansons-là. Je les redécouvre en fait. J'ai l'original dans la tête, bien sûr. Mais c'est étonnant de pouvoir chanter des chansons qu'on connaît si bien et d'essayer de se les réapproprier, sans jamais vraiment y arriver. Je me surprends, et ça me plaît.
Le fait de chanter Serge va-t-il aider à régler ce fameux blocage qui, jusqu'ici, vous empêche d'écrire vos chansons en français ?
Je ne sais pas si ça rentre dans la même case. Je ne suis pas la même, on n'a pas la même voix. J'espère qu'on ne va pas me comparer à lui quand je chante ses chansons. Je ne sais pas. Je n'y pense pas trop.
La tournée s'est interrompue, durant tout ce mois de mai. Est-ce pour pouvoir assurer, notamment à Cannes, la promotion du film « L'arbre », de Julie Bertucelli ?
C'est un heureux hasard car, en fait, les musiciens n'étaient pas libres en mai et début juin. Ça m'a permis d'aller à Cannes, sans aucune pression puisque le film n'est pas en compétition. Ce sont des vacances pour moi.
Qui ne vont pas durer longtemps puisqu'après les concerts, vous entamez, fin juillet, le tournage du Lars von Trier, « Mélancolie »
Pour moi, c'était prévu depuis longtemps même s'ils ne l'ont annoncé que récemment. Cette année, je n'ai pas de vacances, mais ce n'est pas très grave. Avec von Trier, j'en ai pour six semaines. En septembre, je ne sais pas encore si je ferai un film ou si je reprends la tournée. C'est encore un peu ouvert, ça. Il y a l'école des enfants aussi. Ou peut-être que je prendrai enfin des vacances...
Avez-vous le temps de faire autre chose en tournée ?
Pas du tout. Moi qui étais excitée à l'idée de découvrir des villes que je ne connaissais pas, en fait, je réalise qu'on ne voit rien. Je suis tellement obnubilée par ce qui m'attend le soir, je reste cloîtrée dans ma chambre. Il ne se passe rien d'autre. Ce sont des moments étranges car on est très tourné vers soi, avec un côté très nombriliste. Ça va un temps. Après, il faut vite passer à autre chose.
Grâce à cette tournée, la musique va-t-elle prendre plus de place dans vos choix professionnels, vis-à-vis du cinéma notamment ?
C'est vrai que ça en a pris plus qu'avant. Je ne m'attendais pas à ça. Vous pouvez toujours interrompre l'enregistrement d'un disque pour faire un film, mais en tournée, plus rien d'autre n'existe. J'espère donc ne pas devoir sacrifier trop de films. Et il y a aussi ma famille qui en prend un peu un coup, car je ne suis pas très disponible. Il faut jongler. Mais je ne vais pas me plaindre : j'ai la chance de faire des choses qui me plaisent.
Que pensez-vous de la BD « Charlotte mon amour », de Fabrice Tarrin, qui vous met en scène ?
Je ne vois même pas ce que c'est. On m'en a déjà parlé, mais je ne l'ai pas encore reçue. Il paraît même qu'il y a un interprète qui ne chante que mes chansons. C'est drôle.
Vous sentez-vous enfin à 100 % chanteuse ?
Non. Ça me donne confiance sur le moment. Mais après, les doutes reviennent. Ce n'est pas une route toute tracée pour moi. Mais je commence à comprendre que c'est comme ça que je fonctionne. J'en ai besoin. J'aime bien ne pas savoir, en fait.