Reine Elisabeth : Minnaar, musicien raffiné
FLAMENT,XAVIER
mercredi 26 mai 2010, 22:26
s'abonner
Ce mercredi soir, au concours Reine Elisabeth, le candidat hollandais Hannes Minnaar, 26 ans, s’est imposé comme un grand pianiste avec élégance, finesse et souplesse. Par Xavier Flament
Belga
Ce mercredi soir, on aurait voulu salle plus petite pour accueillir Hannes Minnaar. Un salon même, où se recueillir autour du piano avec ce romantique qui hésite entre Schubert et Schumann, entre intériorité et lyrisme, pour aborder sa sonate en ré majeur. Dans le largo, on ne doute pas que Minnaar soit tombé amoureux de l’expression désolée du jeune Beethoven.
Il y fait d’emblée valoir un piano intérieur, pudique et raffiné. On craint ensuite qu’il ne sorte jamais de la demi-teinte, qu’il ne puisse complètement embrasser la tension de l’œuvre dans son ensemble. On redoute un instant que son excès de prudence se justifie aussi par une technique un peu juste, une articulation un rien brouillonne. Mais avec « Target », le doute est levé. Minnaar s’impose comme un grand musicien.
Dès les premières mesures, où d’autres n’ont vu que des accords plaqués, lui les restitue dans une large phrase parfaitement construite. La polyrythmie à l’œuvre ne l’inhibe aucunement. Il s’y glisse avec un naturel qui deviendra confondant dans son concerto de Saint-Saëns. Peut-être va-t-il à l’encontre de la nature percussive de l’imposé, mais c’est pour y révéler des climats inattendus. Peut-il gagner le Reine Elisabeth avec « L’Égyptien » de Saint-Saëns ?
Hannes Minnaar n’a pas l’air de s’en soucier, guidé seulement par l’équilibre entre la clarté, la légèreté et les couleurs du romantisme à la française. Beaucoup d’élégance et d’allant, de finesse et de souplesse dans ce concerto inattendu qu’il baigne d’une douce lumière.
