Un sentiment immédiatement confirmé dans la sonate D 959. Toutes les impressions allusives de Schubert sont bien là : demi-teintes rêveuses de l’« allegro », intimisme balancé de l’« andantino », espièglerie innocente du scherzo, chant insatiable de l’« allegretto ».
Mais toutes ces impulsions débouchent sur un mur de fatalité. Un poids s’installe qui propose une gravité inattendue et crée des contrastes saisissants.
Dans cette quête inquiète, Schubert transcende le quotidien et révèle sa face tragique et obsédée, celle d’un authentique « Wanderer ».
Et voilà que, dès le début, l’imposé regorge de sonorités, sans rien perdre de sa modernité. Chaque accord lance un signal et tisse une référence avec l’orchestre. La maîtrise du toucher crée une réelle magie sonore, ensuite récupérée par un irrépressible influx nerveux.
Le dialogue a pris une dimension nouvelle : Takashi Sato a vraiment pénétré dans la profondeur de la partition et nous y entraîne avec un incroyable mimétisme dans un jardin aux mille plaisirs.
Il se lance ensuite dans Prokofiev avec une ardeur stimulante et ironique. Entre cavalcade échevelée et méditation distante, virevoltant et persifleur, ce premier concerto est un chef-d’œuvre d’impertinence intelligente. Aussi insolent que le compositeur !
Face à une telle performance, on oublie le faste des moyens pour savourer le plaisir d’une pensée.