Heureusement qu'Herreweghe ne s'est pas cantonn?ans notre si ?oit paysage culturel belge... Point de r? salut artistique chez nous, h?s!
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SERGE MARTIN
mercredi 23 juin 2010, 10:39
Depuis la fondation du Collegium, le paysage musical a changé, ce qui a amené Herreweghe à diversifier son offre © DR
Cela fait aujourd'hui 40 ans que Philippe Herreweghe a formé un chur d'étudiants à Gand qui, très vite, allait devenir le prototype d'une certaine approche de la musique ancienne.
Mahler Royal, Gubanova, Collegium Vocale, Accademia Chigiana Siena, Philharmonique de Rotterdam, Nézet-Seguin ; Palais des beaux-arts de Bruxelles, jeudi 9 septembre.
Réservation : 02 507 82 00 ou sur www.bozar.be
Cet été, Philippe Herreweghe se partagera entre ses deux festivals liges : à Saintes, du 9 au 18 juillet (www.abbayeauxdames.org) ; et, chez lui en Toscane, à l'Accademia delle Crete Senesi, du 1er au 6 août (www.accademiadellecrete.com).
Dans l'ouvrage que Stéphan Moens consacre au chef gantois (1), très cet ensemble a été repéré par Koopman, Leonhardt, Harnoncourt. Au fil des ans, le chur s'est professionnalisé et internationalisé, Herreweghe est parti vivre en France où il fonda d'autres ensembles. Il n'empêche qu'une partie de son cur est restée auprès du Collegium Vocale.
Depuis lors, le paysage musical a changé, ce qui l'a amené à diversifier son offre. « En cela, le Collegium Vocale a beaucoup changé mais il resté le même dans son idéal d'excellence et de pureté stylistique. C'est d'ailleurs ces derniers objectifs qui ont conditionné les changements intervenus. Autrefois, on pouvait changer de répertoire avec les mêmes. La base, c'était le chur de chambre des cantates de Bach. Si l'on remontait dans le temps vers la Renaissance, j'opérais une sélection, ne gardant que les voix les plus adéquates pour cette musique. Si je cherchais un chur symphonique pour travailler avec l'Orchestre des Champs Elysées, je renforçais l'effectif. Aujourd'hui, je suis intimement convaincu que je dois travailler avec trois formations différentes. La musique de la Renaissance nécessite le recours à des chanteurs d'exception qui soient de fortes individualités, disposant d'un grand bagage culturel et prêts à participer à l'échange de questions-réponses de cette musique avec un appétit quasi soliste. Le Collegium Vocale aborde donc désormais cette musique avec un autre type de chanteurs. Pour le répertoire symphonique, nous avons été amenés à jouer dans de plus grandes salles. Moi-même je dirige deux orchestres symphoniques traditionnels, De Filharmonie à Anvers et l'orchestre
symphonique de la radio hollandaise. J'ai donc fondé un chur qui se réunira de deux à cinq fois par an autour du répertoire des XIXe et XXe siècles. Il travaillera à la célèbre Accademia Chigiana de Sienne. Il réunira autour d'un noyau dur 30 à 40 chanteurs venus de l'Europe entière et qui travailleront sous la direction de grands maîtres d'autres répertoires comme le lied. L'expérience a été rejointe par d'autres chefs comme Ivan Fischer ou Nézet-Seguin qui les associera à son travail avec le Philharmonique de Rotterdam. Ils resteront trois ans avec le chur et ensuite devront prendre leur envol. »
Ces structures ont toutes un élément commun : leur caractère passager, ce qui renforce la précarité des carrières et a entraîné des choix humains douloureux. « Mais, avoue l'homme, c'est la plus belle façon de conserver l'enthousiasme sans lequel l'intérêt se met à flancher. » Bach n'est pourtant pas exclu de l'aventure. Herreweghe vient juste de terminer une tournée avec la Passion selon Saint Matthieu : il compte bien consacrer plus de temps à ses Académies Bach où, à côté d'invités prestigieux, ce sera Suzuki la prochaine fois, Herreweghe entend rassembler tout ce qui compte dans l'étude de la musique de Bach. L'Académie sera désormais basée à Bruges mais elle aura des antennes étrangères : à Madrid, à New York... notamment. Et puis ce sera le grand saut discographique. Suivant en cela l'exemple de Gardiner, Herreweghe lance son propre label discographique, conjointement avec le groupe belge, Outhere. « On l'appellera Phi parce qu'il répond à une philosophie de l'interprétation mais surtout parce que ce sera un label d'amis » où, à côté des enregistrements d'ensembles d'Herreweghe, on publiera des CD consacrés à de
s artistes qui sont devenus ses coups de cur. « L'aventure avec Harmonia Mundi a été magnifique mais, aujourd'hui, j'ai l'impression qu'ils n'étaient plus prêts à me suivre dans tous mes souhaits. J'ai donc résolu de devenir mon propre producteur. Les moyens d'enregistrement et de distribution permettent désormais à un artiste d'être présent dans le monde entier. Pourquoi nous le refuser ? Je crois que c'était la chance d'une vie que de jalonner ma trajectoire d'interprète. » Avec la même ambition, quasi artisanale, du travail bien fait et le souci d'aller à l'essentiel. Quand on vous disait qu'avec le Collegium Vocale, tout changeait... sans bouger d'un pouce !
(1) Stefan Moens, Philippe Herreweghe , éditions Versant-Sud.