Lorenzo Gatto, un an après...

MICHELE FRICHE

mercredi 07 juillet 2010, 14:30

Le second prix du Concours Reine Elisabeth de violon 2009 déploie ses ailes: pluie de concerts et d'enregistrements. Nous l'avons rencontré.

Lorenzo Gatto, un an après...

Lorenzo Gatto Photo : DR

Solaire et décontracté mais peu enclin à la frivolité, le violoniste belge Lorenzo Gatto, est rentré au pays après quatre années d'études intensives à Vienne auprès de Boris Kuschnir. Un an après, que reste-t-il du Concours ? Le tremplin ? La célébrité ? La page tournée ? « Le tremplin, sans aucun doute et même si je n'ai pas envie d'être toujours associé au Reine Elisabeth, Il reste très présent. Le concours m'a donné des ailes, m'a aidé à me trouver, à avoir confiance en moi et depuis, j'ai l'impression de faire des progrès énormes. Quand on est très jeune, on hésite, on puise partout, on se laisse guider, Là, je sens ce qui ressort de moi. Et je continue à creuser cette voie, j'essaie de rester authentique, je n'arrive pas à faire du show, même si certaines musiques demandent du panache. Vouloir plaire à un public ça peut marcher à court terme mais pas très longtemps. Après le Reine Elisabeth, il faut pouvoir résister à la pression, aux nombreuses sollicitations, pour prendre le temps de délivrer ce qu'il y a de plus intérieur en nous, dans la maîtrise et le respect de l'œuvre. L'inspiration est un fantasme d'artiste auquel je ne crois pas. » S'il n'a pas suivi la session de piano en live, mais en partie à radio, Lorenzo Gatto n'a pas pu s'empêcher de vivre en direct la proclamation, avec des amis.

« On a envie de revivre cette excitation, au-delà de la fatigue nerveuse. Le mois qui suit, on est porté par l'engouement, l'enthousiasme, un feu m'a maintenu très énergique, et puis j'ai subi le contrecoup ». On devine chez le jeune violoniste (il est né en 1986) un équilibre étonnant, une maturité aussi, qu'il explique à sa manière. « Je n'ai pas été un enfant prodige, mais doué. J'avais commencé à jouer tôt. A 12 ans, au Conservatoire, mon professeur, Véronique Bogaerts me disait, : OK, mais ce serait bien que tu travailles plus d'une heure par jour ! Moi, j'avais des amis, je faisais du sport, j'allais chez les scouts. Je n'ai jamais été immergé dans le violon au point de perdre la notion de la réalité extérieure. Et cela n'a pas changé. Je ne travaille pas plus de 4 ou 5 heures quotidiennes. J'ai poursuivi mes études normalement, jusqu'à 17 ans. Mes parents qui ne sont pas musiciens, m'encourageaient sans savoir que je ferais du violon mon métier… ce que j'ai décidé très tard, il y a cinq ans. Le déclic s'est produit quand je me suis présenté au Reine Elisabeth de 2005, contre l'avis de certains de mes professeurs, alors que j'avais entrepris le droit à l'université. Je ne suis pas passé et ce coup de pied aux fesses a été salutaire. Le choix s'imposait. Je suis donc parti à Vienne, chez Boris Kuschnir, et je suis revenu par la grande porte en 2009 : il avait forgé mon caractère. Dur, à la russe, mais efficace ! »

Cet été, les concerts pleuvent, dont une impressionnante série de Carnaval des animaux de Saint-Saens à travers la Wallonie- « un projet très chouette avec des amis ». S'y ajoutent plusieurs interprétations du 4e concerto de Vieuxtemps que l'artiste enregistrera sous la baguette de Patrick Davin : un projet de la Chapelle Musicale qui réalise l'intégrale du compositeur belge avec une pléiade de violonistes, dont Yossif Ivanov, l'ami de longue date. Cette année encore, Lorenzo Gatto gravera le 2e concerto de Martinu, toujours pour le label Fuga Libera qui vient de sortir un autre enregistrement avec le pianiste Milos Popovic, réunissant Enesco, Martinu et Mokranjac (lire la critique). Elu Rising Star pour la saison 2010-2011 et accompagné de l'excellente Eliane Reyes, il sillonnera l'Europe, du Musikverein de Vienne au Concertgebouw d'Amsterdam. Il passera aussi par Bruxelles, à plusieurs reprises, notamment avec Augustin Dumay, l'un de ses professeurs.

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