Réouverture du plus vieux studio bruxellois
DIDIER STIERS
lundi 14 novembre 2011, 11:52
D'abord cabaret, l'endroit était devenu un studio d'enregistrement en 1942. Mis en vente en 2010 pour cause de crise du disque, il a finalement trouvé acquéreur. Plusieurs générations d'artistes y ont gravé des merveilles.
Comme il le dit lui-même :
Dans les cartons
L'équipe du Jet Studio aimerait, entre autres projets dirigés par une envie d'éclectisme (du jazz, notamment), remettre sur pieds des shows live, retransmis en direct, par exemple en radio. « Modestement, un peu à la John Peel Sessions, le grand DJ de la BBC, dit Rudy Coclet. C'est très plaisant aussi de participer à la promotion d'un groupe. Pour un set acoustique, un enregistrement diffusé sur le Net
Idéalement, ce serait bien, également, d'arriver à convaincre des artistes venus en Belgique pour un concert de faire un détour par ici
» « Ça allait très bien, j'étais tranquille ! » Mais alors pourquoi diable Rudy Coclet a-t-il fait l'acquisition du mythique Jet Studio, même si c'est avec un partenaire (Pascal Flamme, du Studio Caraïbes) ? L'envie de changer un peu de meubles titillait tout simplement notre ingé-son et producteur (Arno, Sharko, An Pierlé ).
On a tous en tête cette photo d'Elvis, Johnny Cash, Carl Perkins et Jerry Lee Lewis accrochée au mur du studio Sun de Memphis. Ou celle des Fab Four traversant Abbey Road, là où ils enregistraient, comme Pink Floyd, Oasis et Cloclo ! Si les studios offrent l'équipement et l'espace nécessaire pour réaliser des enregistrements sonores, tous n'ont pas un passé aussi chargé. Point de passage pour piétons devant le Jet ni de stars du rock'n'roll punaisées au mur. N'empêche, celui-ci appartient à la crème du genre.
Un studio n'est pas l'autre, les spécialistes vous le diront. Et le Jet, c'est quelque chose ! De l'espace, et une acoustique différente. « Ici, on enregistre vraiment du son ! On peut mettre un micro, une batterie, n'importe quel instrument, le déplacer de quelques mètres dans la pièce, on trouvera à chaque fois un son différent. » Ce qui, foi de connaisseur, devient très, très rare ! « En général, on aime posséder du hardware : des préamplis, des compresseurs, des ordinateurs, des micros. Mais les murs, c'est un peu différent : l'acoustique, on ne la tient pas en main »
Voilà ce qui a fait flasher Maître Coclet : les volumes, comme on dit dans les agences immobilières. « Il y a de la hauteur, un grand volume. Et ensuite, tout le traitement acoustique qui a été très bien fait. Il y a de la vie dans cette pièce. Je n'ai pas encore entendu un seul musicien me dire qu'il n'y trouvait pas sa place. La pièce fait vivre la musique, l'instrument et l'instrumentiste. » A propos de volumes, de pièces et de raretés : le Jet abrite même deux chambres de réverbération. A l'ancienne, datant des années 50. Un luxe ! A une certaine époque, pour obtenir cet effet d'écho naturel, les artistes de la Motown étaient enregistrés dans des couloirs ou des bureaux ! L'histoire du bâtiment lui-même, planté dans une chaussée de Jette aussi large qu'une modeste rue, remonte à 1855. L'endroit est alors un cabaret. Vingt ans plus tard, les lieux accueillent la société Les Vrais Amis Arbalétriers. Salles de fêtes et de spectacles s'y succèdent jusqu'à la Deuxième Guerre, moment où le café À la Cour des Princes cesse définitivement son activité. En 1942 s'y installe Fonior SA-Studio Decca, entreprise spécialisée dans l'enregistrement et l'amplification. Laquelle fait faillite en 1980. Les studios sont alors repris par Adamo, jusqu'en 86. En 2010, les anciens Studios Decca, « en assez mauvais état », sont définitivement mis en
vente.
Un an plus tard, la réouverture est donc acquise. Au premier : la pièce principale de 135 mètres carrés qui sentent le vécu, 4 cabines et la « control room » derrière sa porte façon coffre-fort. Voilà pour l'essentiel. Tout est opérationnel. D'autres espaces sont en cours de réaménagement progressif. « Pour l'instant, je vais à l'essentiel, résume Rudy Coclet. C'est-à-dire garder intact l'outil : prise de son, mixage, entretien du matériel Maintenir en vie certains claviers est quasiment un souci permanent. » De fait, il y en a ici quelques jolis spécimens, entre les Hammond, Farfisa et autres Rhodes.
Tant d'efforts, est-ce bien raisonnable, alors qu'on peut aujourd'hui s'installer un home studio dans sa cave ? « Je ne dis pas qu'il faut tout faire en studio, mais je n'aime pas que l'on dise qu'on n'a plus besoin des studios. Ce qui me fait un peu peur, c'est que dans les jeunes générations, on a parfois déjà oublié ce qu'est un studio. Or ce sont des outils qui font partie du passé, du présent et du futur. On en a besoin. Il faut savoir les utiliser, et les perpétuer ! De manière à préserver la richesse des enregistrements. Ou du moins, de leur couleur sonore. »
Infos : www.jetstudio.com, info@jetstudio.com et + 3210650328.


