Cendrillon, de la satire au conte

SERGE MARTIN

lundi 12 décembre 2011, 10:35

Cendrillon : pas si simple de monter cet opéra de Massenet. Le compositeur et son talentueux librettiste (le texte est très beau) ont eu la bonne idée de mélanger les angles de lecture. Le conte est bien là avec sa dimension moralisatrice. Mais il ne dissimule ni une critique acérée de la société des vaniteux, ni la dimension magique incarnée par le chant stratosphérique de la fée.

Cendrillon, de la satire au conte

Anne-Catherine Gillet, une rayonnante Cendrillon à la Monnaie © Johan jacobs

Et la musique du compositeur français de cumuler avec une rare habilité le charme et le drame, la douceur et le persiflage, le surnaturel et le commun. Autant d'atmosphères que l'orchestre d'Alain Altinoglu restitue dans un mélange de force et de malice, de gentillesse et de bonne humeur et avec un soin particulier aux multiples soli instrumentaux qui mettent en valeur les pupitres de l'orchestre de la Monnaie. Belle prestation aussi des chœurs, préparés par Martino Faggiani, qui prennent un plaisir fou à toutes les pitreries désopilantes que leur demande un metteur en scène très en verve.

Car cette diversité de climats, le metteur en scène Laurent Pelly s'en repaît, accumulant clins d'œil et évocations inattendues. On s'amuse donc beaucoup dans ce spectacle à commencer par l'irrésistible défilé des prétendantes devant le Prince : typées, fringuées, posées, les greluches de la haute promènent leur stupidité prétentieuse comme autant de sarcasmes et le ballet des petits marquis flirte avec le dérisoire.

Les variations de couleurs dans les costumes diversifient à eux seuls les climats sociaux : variations infinies des rouges clinquants pour les puissants, dégradés de gris pour le monde des servantes où évolue Lucette, puisque telle est le nom de Cendrillon, une fille comme les autres mais c'est à partir de ce gris que Pelly, également auteur des costumes, va construire son éclatante robe de bal. Ainsi des apparitions de la fée. Entourée d'en essaim de lampes de chevet déposées sur le sol : nous sommes au XIXe et elle se dénomme fort justement la fée lumière.

Mais Cendrillon, c'est aussi un opéra dont le charme immédiat dissimule d'incroyables exigences vocales, la recette d'une belle distribution étant de nous les faire oublier dans le plaisir. Un bonheur démultiplié par la belle diction française d'une distribution où l'on compte avec plaisir de nombreux Belges. On admire les grands effets caricaturaux de Madame de la Haltière (Nora Gubisch), la fragilité émue du Prince de la jeune mezzo suisse Sophie Marilley, le brillant, parfois un peu pointu, de la Fée d'Eglise Gutiérrez. On savoure les saines colères, bien timbrées, du Pandolphe de Lionel Lhote et on salue l'initiative de confier les six Esprits à de jeunes élèves de la Chapelle Reine Elisabeth. On hurle quand même son bonheur face à la prestation d'Anne-Catherine Gillet dans le rôle-titre. Le miracle demeure que la beauté radieuse de ce chant s'exprime au travers d'un talent d'actrice simple et naturel. A ce niveau d'instinct magnifié, on craque. Et comme tous le chantent à la fin : « On a fait de son mieux pour vous faire envoler par les beaux pays bleus ».

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