Voulzy entre ciel et terre

THIERRY COLJON

mercredi 14 décembre 2011, 16:55

Laurent Voulkzy mêle électro et musique médiévale sur son dernier album, "Lys & Love", entre France et Angleterre. De quoi parler de ses passions.

Voulzy entre ciel et terre

Laurent se la joue dos contre les piliers de la terre © PHILIPPE ABERGEL

entretien

3 RAISONS DE L’ÉCOUTER

1 Les mélodies. Laurent n'a rien perdu de sa science mélodique. À l'image de « Jeanne », écrit par Souchon, ce disque regorge de belles envolées lyriques. 2 Le son. Lys & Love est un mariage réussi d'une pop « synthétique et médiévale ». Bravo pour le grand écart entre 1400 et 2011 et entre France et UK. 3 Les illustrations. La version collector contient douze très belles cartes à envoyer, signées Lawrence Mynott.

Laurent Voulzy ne change pas. Ce qui est miraculeux pour quelqu'un qu'on ne voit pas si souvent. Nous l'avons retrouvé en pleine forme, à Bruxelles, la semaine dernière pour la promo de son nouvel album. Son dernier disque de chansons originales a dix ans. C'était Avril. Pour Lys & Love, il remet au goût du jour musical sa passion pour le Moyen Age.

Interview Laurent Voulzy by lesoir

Comment se fait-il que cette passion pour le Moyen Age, qui remonte à l'enfance, ne se traduise qu'aujourd'hui en musique ?

Je ne peux pas le dire. J'aurais pu le faire avant mais d'abord, j'ai fait peu de disques. J'en aurais fait vingt, je me serais aussi posé la question. Mais là, ce n'est que le cinquième.

Quel a été le déclic ?

Au mois d'août 2009, suite au concert Rockcollection au Moma de New York, j'ai eu envie de faire un album électro. J'en parle à Alain qui me dit : « Si ce n'est pas un disque instrumental, pourquoi tu ne prends pas des poèmes ? » Du coup, je pense à un album électro avec des poèmes du Moyen Age. C'est ça l'idée. Le 15 octobre 2009, chez Franck Eulry, j'entre en studio avec rien, à peine une demi-chanson. Je voulais partir en dérapage. « C'était déjà toi » est arrivé tout de suite. Le reste a suivi et comme ça se passait bien, je me dis : je reste sur le Moyen Age, qui m'habite depuis que je suis enfant.

L'autre idée phare de ce disque est l'aller-retour permanent entre l'Angleterre et la France, l'anglais et le français…

J'ai mon studio à Joinville et mon appartement à Paris et puis le week-end, je pars en Angleterre où vit ma famille. À la campagne. Et le premier poème auquel j'ai pensé est celui de Charles d'Orléans, qui n'est pas dans le disque d'ailleurs. J'y pense parce que je l'ai appris à l'école. Et puis Charles d'Orléans est resté vingt-cinq ans en prison en Angleterre. Toute la noblesse française se fait rétamer à la bataille d'Azincourt. Pour moi, le Moyen Age est le début de la cohabitation amicale et guerrière, de haine et d'amour, entre la France et l'Angleterre. Ça n'a jamais arrêté, jusqu'à Napoléon. Et puis je vais à la cathédrale de Winchester, avec les tombeaux des Templiers. L'histoire est absolument vivante là-bas. Jeanne d'Arc, des mariages, Richard Cœur de Lion qui est enterré en France, la fleur de lys a été utilisée par les Anglais… Ça n'arrête pas. Moi, je vis là, je travaille ici, c'est ma vie actuelle, je me sens un peu anglais par la musique aussi, depuis toujours. Ma femme et mon fils sont là-bas, je fais la navette tout le temps… Il y a de la matière et une cohérence naturelle.

Comment te sens-tu là-bas, étant français, comment les Anglais te perçoivent-ils ?

On est français. Les gens qu'on fréquente nous aiment bien, ils lancent de temps en temps une petite vanne. Notamment sur les grosses grèves en France… as usual, ajoutent-ils.

Pour eux, on râle tout le temps, on n'est jamais contents. Beaucoup d'Anglais ont des maisons en France. Ils adorent la France mais sans les Français qu'ils trouvent souvent arrogants. C'est un lieu commun mais moi aussi, parfois, je les trouve arrogants. Mon fils Quentin, lui, se sent à la fois français et anglais. On voulait qu'il soit bilingue. Il était censé rester là-bas un an et au bout de six ans, il n'a plus envie de revenir. Et moi, j'adore le pays, comme la France.

Où il faut tout de même retrouver Alain pour ce fameux album en duo…

Oui mais j'ai tout de même envie, avant, de tourner avec ce disque-ci. Donc, l'album en duo, même s'il est déjà bien entamé, je dirais 2013.

Une chanson, superbe, qui tranche musicalement avec tout ce que tu as pu faire jusqu'ici, c'est « La neuvième croisade » et sa sonorité orientale…

C'est parti juste de l'émotion que j'ai ressentie durant une improvisation de Franck (Eulry) sur son synthé, avec des sons de chœurs samplés, dans un style baroque. Comme du Haendel sur lequel j'ai lancé une boucle rythmique un peu orientale. Et d'un seul coup, je me suis mis à chanter une litanie en pseudo-arabe. On a tout de suite enregistré. On n'avait jamais entendu ça. Pour le texte, j'ai pensé le même jour à la neuvième croisade. Parce qu'il y en a eu huit et celle-ci est celle de l'amour et de la paix. Et une amie me fait découvrir un poète arabe du Xe siècle, Abu Firas, qui a eu la même vie que Charles d'Orléans : prince, guerrier, prisonnier à la guerre, amoureux, poète et mélancolique. Il y a plein de hasards comme ça dans cet album. Un soir, en pleine nuit, à la télé, je vois un concert de Jordi Savall à Fez, avec un chanteur en hébreu et des musiciens arabes. C'était la même neuvième croisade que nous. Et je découvre un incroyable joueur d'oud, Driss El Maloumi.

Ce disque est très spirituel. Dans « Le ciel et la terre », tu dis : « Le ciel m'attire, la terre me tiraille ». Jusqu'au dessin de Lawrence Mynott, avec le triangle maçon. Les chœurs sont très grégoriens tout au long de l'album… Dans « La neuvième croisade », tu dis qu'il n'y a qu'un dieu dans l'univers. Où en es-tu dans tes croyances ?

Je suis toujours en quête. Je ne suis pas franc-maçon même si on me l'a plusieurs fois proposé. La chrétienté est très présente dans le disque car c'est la religion du Moyen Age. Les chœurs me transportent quand je vais dans une église ou même chez moi le soir. On oublie tout à ce moment-là, comme quand on danse dans une boîte de nuit. Quand on entend un chœur, on est scotché entre le ciel et la terre, un vrai écartèlement. Le sucré et le salé. J'ai une aspiration vers le ciel, de par mes lectures aussi, et je suis attiré par les choses de la terre. J'ai mélangé les deux en musique.

« Ma seule amour ». Avoir Roger Daltrey, des Who, sur son disque et même pas le créditer, n'est-ce pas le comble du snobisme ?

On est devenus amis depuis un dîner il y a quatre ans. Un soir, il me demande si ça m'intéressait de chanter en duo avec lui. Sur le coup, je ne lui réponds pas. Il pensait que je n'avais pas envie. En fait, je croyais avoir mal compris. Il voulait vraiment. Je lui ai donc demandé. Et je n'ai réussi à le joindre que quatre jours avant la fin de l'album. Et ça s'est fait après l'impression il y a un mois et demi du livret. Le texte de « Glastonbury » aussi n'y est pas. Je n'ai pas osé envoyer l'album à Roger. Je le ferai quand son nom sera dessus, sur le deuxième tirage.

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