Rita Gorr entre dans la légende
MICHELE FRICHE
lundi 23 janvier 2012, 10:36
La chanteuse belge, née en 1926 à Zelzate, est morte en Espagne où elle résidait depuis plusieurs années. Sa formidable carrière lui avait fait chanter les plus grands rôles, marquant ceux-ci pour les générations futures. Elle avait fait ses adieux en 2007, à l'âge de 81 ans, dans « La Dame de Pique ».
En 2007, Rita Gorr, majestueuse, faisait ses adieux à la scène à lOpéra des Flandres dans La dame de Pique de Tchaikovsky © DR
L'une des plus mémorables chanteuses belges, sinon la plus grande, s'est éteinte : Rita Gorr s'en est allée dans la nuit de samedi à dimanche, en Espagne où elle résidait depuis plusieurs années et où elle sera inhumée. Elle était affaiblie par de graves problèmes osseux et cardiaques. Elle possédait une voix de velours, grave et tragique, qui savait se faire tendre ou incisive, une voix de chair, conjuguant le tempérament wagnérien, le dramatisme verdien et l'élégance française. Elle signa ainsi des rôles étalons pour des générations : Amneris (Aïda), Ortrud (Lohengrin), Dalila, Charlotte (Werther), Frika (La Tétralogie), Marie et la prieure (Dialogues des Carmélites), Geneviève (Pelléas et Mélisande) et cette incontournable Comtesse de la Dame de Pique de Tchaikovsky avec laquelle elle signa ses adieux à la scène en juin 2007, à l'opéra de Flandre.
Et l'on frissonne encore de cette ultime interprétation à 81 ans, après 58 ans de carrière, d'une intensité subjugante, blessée, et noble encore, comme savent l'être les voix nourries d'une technique infaillible.
Une grande dame, incroyablement (trop) modeste et d'une émouvante humilité devant l'immense ovation qui l'a saluée à l'issue de ces ultimes représentations.
Elle nous confiait alors la clé de sa longévité : « Le travail, tous les jours et aujourd'hui plus que jamais. Il y a une forme de sacerdoce ou de sacrifice pour faire vivre et offrir au public ce don qu'est la voix. »
Elle aurait pu ajouter la patience, la lucidité et l'honnêteté qui lui firent refuser de mirobolants contrats.
Chanter pour la dernière fois à Gand et à Anvers, c'était un retour aux sources pour Rita Gorr (de son vrai nom Marguerite Geimart) née à Zelzate, en 1926 et qu'une origine modeste ne destinait en rien aux feux de la rampe. Mais la beauté de sa voix naturelle allait alerter des oreilles attentives.
Lauréate du Concours de Verviers en 1946, elle débute sur scène par un remplacement au pied levé, à l'Opéra d'Anvers (et en flamand !) : c'était Frika, dans la Walkyrie, en 1949. En troupe à Strasbourg jusqu'en 1952, elle fait cette année-là ses premières apparitions à la Monnaie : Charlotte (Werther), Orphée (Orphée et Eurydice de Gluck). Elle y reviendra plus tard, pour la mère dans Louise.
Une audition par Wieland Wagner, en 1958 lui ouvre les portes du festival de Bayreuth et de la consécration, de Paris à Milan, de Londres à New York. Des enregistrements (EMI, Decca, Melodram, Erato ) témoignent de l'art de Rita Gorr, avec des chefs tels qu'André Cluytens, Georges Solti, Georges Prêtre, Eric Leinsdorf
Un livre de référence : Rita Gorr et Ernst Blanc de Georges Farret (Éditions Autres Temps, 2005)


