L'appétit insatiable de Legrand

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

jeudi 26 janvier 2012, 10:46

Michel Legrand fêtera ses 80 ans le 24 février. En musique évidemment. Avec un coffret de 4 CD et une tournée mondiale, qui le conduira à Saint-Pétersbourg, à Tokyo et à San Francisco.

L'appétit insatiable de Legrand

Bien sûr tout le monde connaît « Nous sommes deux sœurs jumelles nées sous le signe des Gémeaux » des Demoiselles de Rochefort. Mais écoutez « On peut marcher sous la pluie, prendre le thé à minuit, passer l'été à Paris, quand on s'aime », et voilà, vous le fredonnez déjà, ce morceau. Comme le fameux « Comme une pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau, et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l'eau », qui commence « Les moulins de mon cœur », le thème du film L'affaire Thomas Crown.

Le coffret

Universal se devait aussi de fêter les 80 ans de Michel Legrand. Voilà qui est fait avec la sortie d'un beau coffret de quatre CD. Avec des chansons devenues des standards et d'autres exhumées des archives du compositeur. Et des invités prestigieux : Sarah Vaughan, Nana Mouskouri, Stéphane Grappelli, Miles Davis, Ivry Gitlis… Un CD chanson, un CD jazz, un CD cinéma. Et un quatrième qui revisite la musique de Michel à deux voix : celle de Michel Legrand et celle de sa femme, la harpiste Catherine Michel. Universal, 19,90 euros.

Dites Michel Legrand, et hop, votre mémoire sort l'une ou l'autre mélodie, comme si on pousse sur le bouton d'un juke-box. Un « best of » de Michel Legrand, en fait, c'est le Wurlitzer de 60 ans de carrière. De « Rock and Roll-mops » avec Boris Vian (Legrand s'affuble du pseudo de Henry Cording) à la musique du film de Frédéric Beigbeider L'amour dure trois ans, qui vient de sortir.

Via quelque 200 musiques de films, via des centaines de chansons qui sont devenues des standards repris par Frank Sinatra, Tony Bennett, Johnny Mathis, Barbra Streisand, Liza Minelli, via un album de Noël sorti en novembre 2011 avec Jamie Cullum, Cœur de pirate, Madeleine Peyroux, M, Iggy Pop ou Olivia Ruiz, via la musique de Liliom, un ballet composé pour le Hamburg Ballett dont la première s'est tenue le 4 décembre dernier, via un double récital de ses chansons avec la soprano française Natalie Dessaix lundi et mardi à Paris…

Michel Legrand pourrait rester chez lui, en Suisse, entouré de montagnes, écouter son épouse Catherine Michel lui jouer de la harpe et se contenter de vivre sur ses (fabuleux) droits d'auteur. Mais non, il poursuit, continue, essaie, expérimente, crée. Ce qui lui conserve cette énergie, à 80 ans, c'est la curiosité, la recherche.

« Etre meilleur… »

Il nous l'avait dit, l'an passé : « Ce qui me tient éveillé, c'est l'envie d'être meilleur demain que je l'étais, c'est savoir jusqu'où je peux aller, savoir que je peux encore faire ce que je n'ai pas encore essayé. Il y a tout cet appétit insatiable, qui fait que vous mordez à la vie et à la musique sans cesse. Il n'y a pas une minute où, même si je ne travaille pas, je suis au travail parce que je pense, j'imagine, je cherche, je regarde, j'écoute. C'est ce qui fait ma vie, magnifique. La musique, avec douze notes, représente un puits d'éternité. »

Alors le voilà au boulot sur un nouveau film musical, sur un album qui ferait pendant à celui de 1958, Legrand Jazz, avec des pointures du jazz d'aujourd'hui, sur un oratorio pour voix seules. Et le voilà qui se lance dans une tournée mondiale pour ses 80 ans. Plus de 70 concerts à travers le monde. Coup d'envoi en février en Russie et Ukraine, mars et avril en Grande-Bretagne, juin au Canada, juillet en Norvège, Japon fin septembre, Etats-Unis fin octobre. Pas d'arrêt prévu en Belgique.

Un fameux bout de chemin pour celui qui fut l'accompagnateur d'Henri Salvador dans les années 50, pour le chanteur au phrasé inimitable, pour le compositeur de tant de mélodies irrésistibles…

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