Une musique géniale sauve un livret bancal
SERGE MARTIN
lundi 06 février 2012, 10:53
On assimile mal Haydn à l’univers de l’opéra. Et pourtant, en poste à Estarhaza, il dut en diriger (et en composer) un sacré nombre. Il s’agissait souvent de répondre à des commandes : il s’agissait donc de faire vite. Et c’est là que la patte du maître est incontestable.
L’Opéra de Liège vient de nous en offrir la démonstration en montant La Vera Costanza. Une coproduction intelligente puisqu’elle a permis à deux équipes de jeunes chanteurs, dont beaucoup sont lauréats du Concours de chant de Toti dal Monte, de se familiariser avec la partition en la donnant, dans la foulée de sa création au Teatro Real de Madrid, dans cinq autres théâtres différents.
Et c’est vrai que c’est un spectacle bien rodé que l’on a pu voir au Palais Opéra de Liège. Le metteur en scène Elio de Capitani et son équipe du Teatro dell’Elfo à Milan jouent à fond la carte de l’humour distancié. Le livret est débile, les personnages surfaits, mais l’ensemble fonctionne.
On ne croit guère sur papier à cette histoire d’une baronne venue marier la femme aimée de son neveu, une pauvre fille de pêcheurs, à un stupide rustre enrichi, même si chacun accumule force stratagèmes pour arriver à ses fins. Le premier acte pose les bases de l’action : il fonctionne avec une vitalité inaltérable : on croirait la partition montée sur ressort ! Le 2e acte est celui de la fuite des personnages et de la révélation de leurs sentiments : il devient alors le prétexte d’une cascade d’airs plus fascinants les uns que les autres tant cet impénitent chercheur qu’est Haydn met de malice et d’inventivité à caractériser chaque protagoniste. Très bref, le 3e acte tient lieu, lui, de joyeux happy end.
Cette richesse mélodique et instrumentale du compositeur est habilement mise en valeur par la direction discursive de Jesus Lopez Cobos qui sait imposer à la représentation un rythme frémissant. Ce chassé-croisé sentimental, Elio de Captani le règle dans une mobilité vivifiante qui privilégie le jeu interrelationnel aux préoccupations individuelles. La beauté intrinsèque des airs peut alors rivaliser avec l’entrain des ensembles et donner tout son tonus à la soirée. Au 18e siècle, le livret tiré d’un best-seller, Pamela de Richardson, connut de nombreuses adaptations. En va-t-il différemment de nos jours où on ne sait déjà plus combien de films seront tirés du Millenium de Stieg Larsson ? Ainsi les faiseurs passent (ou trépassent). Mais il suffit de la plume d’un génie pour qu’un livret insipide passe à l’histoire.
Saluons donc le coup de pouce de Haydn. Et si vous ne pouvez plus voir le spectacle, jugez sur pièces sur le Net.
Le spectacle sera visible en streaming
les 10 et 11 février en Live Web sur
www.dailymotion.com/ORW.


