Nguyên Lê fait jazzer la culture mondiale
JEAN-CLAUDE VANTROYEN
mercredi 08 février 2012, 13:27
Ce guitariste d’exception vient jazzer Led Zep, Stevie Wonder, Janis Joplin et les Beatles à Bruxelles. Un entretien de Jean-Claude Vantroyen
DR
Nourri au jazz, au rock, à la musique asiatique, Nguyên Lê a publié de nombreux albums très diversifiés. De « Purple », qui célèbre Jimi Hendrix, à « Tales of Vietnam », de « Homescape », en trio avec Paolo Fresu et Dhafer Youssef, au band étendu de Songs of Freedom, où il revisite avec énormément de talent les grands morceaux du rock pop d’« Eleanor Rigby » (Beatles) à « Pastime Paradise » (Stevie Wonder), de « Move over » (Janis Joplin) à « Whole Lotta Love » (Led Zeppelin).
Ce sont les musiques de ce dernier album, sorti l’année passée chez Act, qu’il vient jouer le samedi 18 février à l’Espace Senghor, à Etterbeek. Sans David Linx, Youn Sun Nah, Julia Sarr, Dhafer Youssef ou Prabhu Edouard, invités du disque, hélas ! Mais avec un quintette solide. « Et plus rock, plus débridé, plus énergique et encore plus fou que sur l’album », prévient Nguyên Lê.
Vous réussissez la fusion totale : jazz + rock + musiques du monde, particulièrement vietnamienne. C’est le reflet de votre métissage culturel ?
Je suis né à Paris de parents vietnamiens. Donc je suis vietnamien de sang et français de culture et en même temps, depuis que j’ai commencé à créer ma propre musique, j’ai toujours été en quête de trouver ma propre identité à partir de ces multiples influences qui m’ont formé. Autant la musique vietnamienne qu’écoutaient mes parents que le rock qui fut la première musique qui m’a ému et que le jazz grâce auquel je suis devenu musicien.
A voir votre discographie, on sent que vous aimez multiplier les expériences.
Je suis toujours très curieux et très fasciné par la musique des autres et en même temps très conscient de l’importance d’avoir une identité, une démarche, un son. Beaucoup de gens disent qu’on peut me reconnaître aux premières secondes. C’est quelque chose que j’ai toujours cherché. Je cherche d’un côté l’universalité de mes influences et de mes inspirations et de l’autre quelque chose de très intense et personnel.
Cela a été difficile de trouver cette sonorité, ce ton identifiable ?
Difficile, non. Mais c’est une longe quête, qui s’est faite avec des décisions et des refus. Quand on apprend à être musicien, on essaie d’apprendre à tout faire, et quand on est artiste, on essaie de choisir. L’idée n’est pas de pouvoir tout faire, mais de se réaliser soi-même.
Votre guitare, au look particulier, fait partie de cette identité sonore ?
Mon luthier me l’a construite pour moi comme ça. Il l’a créée en pensant à moi. Chaque fois que j’en joue, ça me ravit. Je sens à quel point elle fait partie de mon corps, c’est un prolongement.
Vous utilisez aussi l’électronique, l’ordinateur.
Quand j’ai commencé à faire de la musique, mon rêve était de créer une musique inouïe, des sons jamais entendus. J’ai toujours été fasciné par l’idée d’aller au-delà de l’instrument et l’électronique me permet de le faire. Il n’y a pas que l’électronique d’ailleurs : je fais un grand travail sur l’application des techniques instrumentales traditionnelles sur la guitare électrique. Je m’inspire de la musique indienne, des musiques asiatiques que j’applique dans les phrasés de la guitare électrique, ce qui permet des types de sons nouveaux.
« Songs of freedom », c’est la célébration d’une culture mondiale ?
Absolument. Quand on parle de world music, on entend « musiques du monde », mais la première world music, celle que le monde entier connaît, ce sont tous ces tubes du rock et de la pop. Mon idée était d’avoir un point de vue ethnomusicologique extérieur sur ces morceaux. Et de jouer avec l’inspiration et la composition. De prendre, par exemple, le point de vue d’un paysan vietnamien qui jouerait le morceau de Janis Joplin « Mercedes Benz ».
Chaque morceau prend des couleurs particulières. « Eleanor Rigby » est plutôt balinais, « Come together » plutôt turc, « Whole Lotta Love » plutôt indien. Mais malgré cette multiplicité, votre musique reste homogène.
Je suis ravi que vous le sentiez. Il y a tellement d’influences que je veux célébrer. Mais s’il y a une unité, c’est bien dans l’écriture des arrangements et dans le jeu de guitare.


