Nguyên Lê et ses complices ont magnifié Stevie, Janis, les Beatles et Led Zep

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

dimanche 19 février 2012, 14:29

Nguyên Lê nous l'avait dit, dans l'entretien que nous avions eu avec lui (Le Mad du 8 février) : sur scène, les Songs of freedom de son dernier album sonnent bien plus énergiques, plus rock que sur disque. Prophétie accomplie, samedi soir à l'Espace Senghor. Par Jean-Claude Vantroyen

Nguyên Lê et ses complices ont magnifié Stevie, Janis, les Beatles et Led Zep

DR

Samedi soir, à l'Espace Senghor, à Etterbeek, le quintet de Nguyên a brûlé les vieilles planches de la belle ancienne salle de cinéma avec une musique incandescente, hommage à ces grandes chansons pop rock que Nguyên vénère et arrange avec une subtilité formidable.

On se dit au départ qu'une musique si forte doit être déversée dans un Zénith, un Forest National, un stade. Et pas au Senghor. Mais c'est un leurre. Car la prestation de Nguyên, Lê and co n'est pas qu'énergie, elle est aussi subtilité, et cette subtilité-là ne peut s'entendre que dans une salle aux dimensions humaines et chaleureuses comme celle du Senghor.

Ils sont cinq sur scène : Nguyên Lê à la guitare et à l'ordinateur ; Illya Amar au vibraphone et aux marimbas ; Linley Marthe à la basse ; Stéphane Galland (le Belge de l'étape) aux drums ; et Himiko Paganotti au chant. Une équipe. Personne ne tire la couverture à lui, même le chef, Nguyên, laisse de l'espace aux autres pour s'exprimer. Et ils ne s'en privent pas. Marthe et Amar ont réalisé des solos improvisés à tomber d'extase par terre. Lê joue de la guitare avec une poésie qui peut se transformer en tonnerre. Galland impose des rythmes frénétiques avec son jeu éblouissant, particulièrement ses impulsions à la grosse caisse. Et Paganotti assure formidablement sur le devant de la scène : une voix extraordinaire, un charisme fédérateur, une ironie et un charme qui mettent la salle à ses pieds. Il fallait l'entendre quasiment scatter sur « Move over «, poétiquement scander les belles paroles de « Eleanor Rigby «, soudain prendre une voix de tête pour le second couplet de « Whole Lotta Love « …

C'est donc la culture mondiale que « Songs of freedom « célèbre. « Quand on parle de world music, on entend « musiques du monde «, mais la première world music, celle que le monde entier connaît, ce sont tous ces tubes du rock et de la pop, précise Nguyên Lê. Mon idée était d'avoir un point de vue ethnomusicologique extérieur sur ces morceaux. Et de jouer avec l'inspiration et la composition. De prendre, par exemple, le point de vue d'un paysan vietnamien qui jouerait le morceau de Janis Joplin « Mercedes Benz « .

C'est avec ce morceau que le concert débute. On chante ensuite « I wish « de Stevie Wonder, « Pastime Paradise « du même, « Move Over « de Janis Joplin, « Eleanor Rigby « et « Come together « des Beatles. Chaque morceau prend des couleurs particulières. « Eleanor Rigby « est plutôt balinais, « Come together « plutôt turc. Tout cela mêlé à une liberté propre au jazz et aux inflexions asiatiques de la guitare de Nguyên. Mais, malgré cette multiplicité, la musique reste homogène. « Il y a tellement d'influences que je veux célébrer, reprend Nguyên Lê. Mais s'il y a une unité, c'est bien dans l'écriture des arrangements et dans le jeu de guitare. « Et les arrangements sont grandioses, inattendus. Et quand on reconnaît le morceau après l'introduction belle mais mystérieuse, on plonge dans un grand ravissement.

Les derniers accords de « Come together « évanouis, le quintet salue, longuement, sous les applaudissements enthousiastes d'un public tout à fait conquis. C'est sûr, la salle veut un bis. Elle l'aura. De retour sur scène, Nguyên annonce : « Jusqu'ici, on a joué des balades. Maintenant on va vraiment joué du rock. Avec un monument de hard rock : Whole lotta love « . Page et Plant auraient aimé cette version du morceau emblématique de Led Zeppelin : débridée, folle, avec un solo de basse époustouflant et un travail à la batterie qui laisse pantois. Mais ce serait une erreur d'identifier tel ou tel musicien plutôt qu'un autre : c'est l'ensemble qui fait impression. Une impression durable. Qui restera comme un des grands concerts de fusion jazz-rock que j'aie jamais vus.

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