Généreux « Avare » à Villers

CATHERINE MAKEREEL

vendredi 17 juillet 2009, 11:09

Harpagon trouve cassette à son pied dans les ruines cisterciennes. Classique, la mise en scène fait confiance Molière. Et à une dizaine de comédiens plus avides qu'avares.

Généreux « Avare » à Villers

Sans en faire trop, Michel Poncelet se dépense copieusement dans le rôle-titre. © A. Decoster / DEL Diffusion.

Pratique

Jusqu'au 8 août à l'abbaye de Villers-la-Ville. Tél. 070 224 304. www.lavare.be

CRITIQUE

Pas radin, le ciel de Villers-la-Ville mercredi soir, pour la première de L'avare dans les ruines de l'abbaye ! On avait prévu gants et pulls mais la douceur de cette soirée nous a enveloppé d'une petite brise moelleuse, tout comme la comédie de Molière et sa mise en scène soyeusement classique.

L'avare, c'est un peu le coffre-fort du théâtre : les élèves y usent leurs fonds de culotte depuis toujours. Sa mise à l'affiche a renfloué bien des caisses de théâtres en mal de public. On l'a vu accommodé à toutes les sauces, assaisonné de tous les anachronismes, depuis les costumes sixties jusqu'aux caddies sur la scène. Et pourtant, on ne s'en lasse pas. La fameuse cassette d'Harpagon semble inépuisable, surtout quand elle se laisse ouvrir sans autre artifice que la beauté de sa langue et le ressort comique de ses personnages.

La mise en scène de Gildas Bourdet s'est coulée dans le chef-d'œuvre, sans chercher l'originalité débraillée mais avec une légère fantaisie dans le jeu et les costumes. Froufroutant, ceux-ci se déclinent en blanc et noir, dans des nuances grises qui en font un Avare vif-argent. Le décor est simple : Un coffre géant trône sur la scène. Des portes sur ses côtés permettent le va-et-vient des comédiens, le tout s'ouvre quand Harpagon se fait voler sa cassette pour finalement déborder des écus du maladif épargnant dans un « happy end » moqueur.

Sans en faire trop, Michel Poncelet se dépense copieusement dans le rôle de l'Avare, déterminé à épouser Marianne, dont son fils Cléante est amoureux.

Souple dans sa dégaine de vieillard rebutant, irrésistible dans les excentricités de son vice, Michel Poncelet – que les habitués du Théâtre des Galeries connaissent bien – manie joliment la ruse sèche de son personnage. Une autre vis comica lui fait face : Marie-Paule Kumps arrache l'hilarité du public (800 spectateurs tout de même) dans le rôle de Frosine, l'entremetteuse, manipulatrice au bon cœur. On ne peut citer chacun des dix comédiens. Pointons toutefois Gérald Wauthia, qui prend plaisir à l'ouvrage, jouant le cocher et le cuisinier avec une truculence contagieuse.

Avec cet Avare plaisant, Del Diffusion, organisateur de l'événement, a réussi le pari de monter une pièce intimiste au cœur des pierres imposantes de l'abbaye. Il reviendra à un théâtre épique l'été prochain avec une Milady, inspirée des Trois mousquetaires et écrite par Eric-Emmanuel Schmitt, à qui l'on doit déjà l'adaptation du Bossu l'été dernier. On va de nouveau croiser le fer à Villers !

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