Eric-Emmanuel Schmitt adapte Dumas à Villers-la-Ville

CATHERINE MAKEREEL

mardi 01 juin 2010, 09:41

Après avoir adapté avec succès « Le Bossu » en 2008 pour le spectacle d'été à Villersla- Ville, Eric-Emmanuel Schmitt reste dans le cape et d'épée. « Milady », version féminine des « Trois Mousquetaires », fera virevolter ses dentelles venimeuses dans les ruines de l'abbaye dès juillet.

 Eric-Emmanuel Schmitt adapte Dumas à Villers-la-Ville

Pourquoi faire de Milady le personnage principal de l’intrigue ? « J’adore les garces qui ont de l’allure », confesse l’adaptateur gourmand © van steensel

Ces machos de mousquetaires n'ont qu'à bien se tenir ! Avec Milady, Eric-Emmanuel Schmitt réinvente le roman d'Alexandre Dumas selon le point de vue de Milady.

Repères

Milady, du 14 juillet au 7 août à l'Abbaye de Villers-la-Ville. Tél. 070/224.304. www.milady2010.be

Cette intrigante au passé tortueux sera incarnée par Natacha Amal, comédienne belge rendue populaire par la série télévisée Femmes de Loi. La mise en scène de Pascal Racan déploiera les grands moyens : plus de 50 costumes, dont une dizaine rien que pour Milady, et une vingtaine de comédiens. Encore sous le charme, Eric-Emmanuel Schmitt nous parle de son aventurière à la fleur de lys.

Adapter « Les Trois Mousquetaires, c'est surtout redevenir gamin ? »

Milady est la première « femme fatale » de ma vie. Celle qui attire au-delà du raisonnable, créant l'extase, le romanesque, l'intense jusqu'à la perte. Mais cette pièce, c'est surtout un hommage à Dumas, à qui je dois mon amour des livres. Jusqu'à l'âge de huit ans, on m'infligeait des Oui-Oui et autres Club des Cinq sans intérêt. Un jour, j'ai pris Les Trois Mousquetaires dans la bibliothèque de mon père. Et là, Dumas a changé mon destin : je suis devenu lecteur ! Pour Milady, j'ai eu d'emblée les yeux de D'Artagnan. J'ai découvert alors un de mes points faibles : j'adore les garces qui ont de l'allure.

Milady est l'archétype du personnage maléfique, pourquoi en faire le personnage principal ?

Milady, c'est la séduction vénéneuse : elle emmène les hommes vers la ruine. Ça, c'est le point de vue de D'Artagnan. Mais Milady est un personnage plus ambivalent, à la fois bourreau et victime. Victime de sa famille, de son époque et des hommes. Ses parents ont été assassinés pendant les guerres de religion. Elle est placée dans un couvent et fuit en séduisant un prêtre. Elle doit se servir des hommes pour gagner son indépendance de femme. C'est cette ambivalence que j'ai voulu garder. Dumas a créé un univers complexe, où aucun des personnages n'a un comportement clair, parfait, moralement acceptable. Richelieu par exemple, grand serviteur de la France, est aussi un être rusé, pervers. Milady, c'est l'ambivalence du désir, qui peut être délicieux ou mortel. La pièce commence comme une comédie d'aventure mais c'est aussi la tragédie d'une femme.

Alexandre Dumas, qui a écrit « Les Trois Mousquetaires » comme feuilleton pour le journal « Le Siècle », était payé à la ligne, d'où un roman-fleuve. Comment traduire cette abondance littéraire en une pièce de deux heures ?

C'est vrai qu'il écrivait à la ligne, c'est d'ailleurs pour cela qu'il fait bégayer Planchet, le valet de D'Artagnan, ça lui faisait plus de lignes, donc plus d'argent. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas vraiment écrit une adaptation des Trois Mousquetaires, plutôt un palim-pseste.

Dans Milady, se retrouvent des phrases de Dumas mais je ne saurais dire lesquelles. Je le connais tellement bien que j'ai simplement refermé le livre un jour pour me demander comment raconter cette histoire avec Milady comme personnage principal. Je n'ai plus jamais ouvert le livre après. Ce qui m'intéresse, c'est de faire vivre les personnages. Les péripéties de cape et d'épée sont là, mais ce qui fait avancer l'intrigue, c'est la psychologie du personnage. Le suspense repose sur son passé, sur les motivations de sa vengeance. Pourquoi se laisse-t-elle engager par le Cardinal de Richelieu alors qu'elle est belle, riche et libre ? C'est ainsi qu'elle devient le personnage principal de l'histoire. Même D'Artagnan apparaît comme un personnage secondaire et Richelieu ne rentre dans la pièce qu'à travers elle. Au final, la pièce tente de comprendre ce monstre sans la juger.

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