Un homme enceint et deux vieilles tantes

JEAN-MARIE WYNANTS

mercredi 11 août 2010, 12:10

Avec « Le gros, la vache et le mainate », Pierre Guillois signe un texte au vitriol, créé à Bussang avant d'être présenté au Théâtre de la Place.

Un homme enceint et deux vieilles tantes

Xavier (Olivier Martin-Salvan) est mort mais ses deux vieilles tantes (Jean-Paul Muel et Pierre Vial) le veillent en attendant l’apparition du joli stripteaseur qui les met en émoi © David Siebert

C'est l'histoire d'un couple qui attend un enfant en repeignant l'appartement. Xavier est l'enceint des deux, Paul est son amoureux. Et voici que débarquent deux vieilles tantes plutôt teigneuses…

Pratique

Jusqu'au 28 août au Théâtre du Peuple de Bussang (Vosges), www.theatredupeuple.com

Du 7 au 11 décembre au Théâtre de la Place à Liège.

Le gros, la vache et le mainate est sous-titré « Opérette barge ». On comprend vite pourquoi. Du côté opérette il y a des chansons, du piano et de petites chorégraphies. Du côté barge, il y a tout le reste. Une histoire sans queue (quoique…) ni tête. Un couple homo qui attend un enfant porté par le plus fort des deux. Olivier Martin-Salvan tient ce rôle délirant avant de mourir en couches, de hanter l'appartement de son ex et de se réincarner en bébé dégoûtant.

Son comparse est Pierre Guillois, auteur du spectacle et directeur du Théâtre du Peuple de Bussang où vient d'être créé cet ovni scénique. Lui aussi réapparaîtra plus tard dans un rôle inattendu.

À leurs côtés, les deux vieilles tantes Chose et Schmurtz sont interprétées par Jean-Paul Muel et Pierre Vial. Deux immenses comédiens français. Le premier a participé à toutes les créations du Grand Magic Circus de 1971 à 1975, joué les grands classiques et les contemporains sous la direction de Jean-Pierre Vincent, Daniel Benoins, Patrice Kerbrat, John Malkovich. Le second, sociétaire honoraire de la Comédie Française a joué chez Vitez, Strehler, Krejca, Lavaudant et des tas d'autres. Les deux campent un irrésistible couple de vieillardes irascibles bien décidées à pourrir la vie des plus jeunes. On y ajoutera Luca Oldani, comédien et stripteaseur, apparaissant en facteur, pompier, ouvrier du gaz et autres fantasmes sur pattes.

Toute cette petite bande est mise en scène par Bernard Menez. Le comédien prend ici les rênes d'un spectacle déjanté à travers lequel l'auteur se défoule sur la mort, les pauvres, les vieux, la gauche, la droite, le sexe, les bébés, les ouvriers, le théâtre, les comédiens, les metteurs en scène, les auteurs et le reste…

De rebondissement en rebondissement, Le gros, la vache et le mainate part dans tous les sens et devient de plus en plus difficile à maîtriser. Dans la salle, on se gondole aux chansons hilarantes, aux grivoiseries explicites, aux jeux de mots (dé-)culottés et à l'humour féroce, pas du tout politiquement correct, que certains membres de l'équipe désamorcent en se désolidarisant d'un spectacle qui devient lui-même le centre de l'intrigue. « Hénaurme », bordélique, désopilant, un délire qui fera grincer certaines dents.

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