Le Parc ne badine pas avec l’amour
CATHERINE MAKEREEL
mardi 01 février 2011, 09:52
CRITIQUE
Voilà un théâtre ultra-classique, certes, mais d’une belle exigence. Avec Les caprices de Marianne d’Alfred de Musset, Jean-Claude Idée livre une œuvre claire, rythmée et juste. C’est à l’âge de 23 ans, quelques mois avant de s’éprendre de George Sand, que Musset, dandy à la sensibilité exacerbée, publie ses Caprices. Autant dire que c’est une pièce riche de passions qui éclôt sous nos yeux, dans un décor sobre et sombre : d’ingénieux piliers de colonnes pivotant en un balcon ou une nef de chapelle.
A Naples, Cœlio, homme au cœur pur, aime Marianne, mais sans retour. Son ami Octave, personnage bohème et libertin, lui propose d’intercéder en sa faveur, mais la jeune femme, mariée au magistrat Claudio, méprise les sérénades du sensible Coelio pour finalement s’offrir au débauché et cynique Octave, qui lui ne croit plus en rien, surtout pas à l’amour.
Si ce tourbillon des sens, du cœur et de l’esprit, souffle si ardemment, c’est surtout grâce à une distribution fougueuse, emmené par un Dominique Rongvaux libertin en diable dans le rôle d’un Octave bohème. Vif, narquois, mauvais garçon diaboliquement séduisant, le comédien est l’exact contrepoint de Coelio (Vincent Vanderbeeken), et de sa mélancolie empêtré dans sa vision romantique. Lisa Debauche nous a aussi fait forte impression, féminine, féministe et frémissante dans le rôle de Marianne.
Après l’entracte, Fantasio nous a paru moins dense, par comparaison, mais ne démérite pas pour autant, dans un style plus bouffon, léger, enjoué. Après les costumes élisabéthains, on passe à un univers plus victorien, même si la fantaisie inhérente à la pièce brouille allégrement les pistes.
Dans une Bavière farfelue, le Roi s’apprête à marier sa fille Elsbeth au prince de Mantoue. Pendant ce temps, Fantasio, jeune débauché criblé de dettes, parvient à s’approprier les habits du bouffon de la Cour, tout juste décédé, et à s’introduire auprès de la princesse, bien vite éprise de lui. En pêchant à la ligne la perruque du prince de Mantoue, et le ridiculisant, Fantasio parviendra à faire échouer la noce.
Bondissant, presque chaplinesque, Gautier Jansen ne manque pas de folie dans le rôle de Fantasio, entraînant cette courte pièce dans une savoureuse allégresse. On goûte sans anicroche le jeu de tous mais il manque une dose de décalage et de cynisme pour nous intéresser vraiment.
Jusqu’au 12 février au Théâtre du Parc, Bruxelles. Tél. 02-505.30.30.


















