Les peurs de l'homme

CATHERINE MAKEREEL

lundi 28 mars 2011, 10:33

CRITIQUE

"Oscillations" tient finalement la seule promesse qui compte vraiment : surprendre.

Pendant une heure à l'ambiance très « lynchéenne », Angelo Bison décoche des vérités politiquement incorrectes sur la vie et la vision d'un homme devenu père malgré sa détermination à ne pas procréer. Mis en scène dans le bar du Marni par Pietro Pizzuti, le comédien aux accrocheurs yeux de hibou nous déstabilise à l'envi dans des apparitions singulières, aux côtés d'une figure féminine fantomatique et hypnotique et dans un emballage sonore difforme, presque inquiétant, évoquant une Italie bien-pensante, asphyxiante.

Le duo Pizzuti-Bison s'est fait une spécialité de dénicher des perles du théâtre contemporain italien. On leur doit notamment une série d'Ascanio Celestini (Fabbrica, Histoires d'un idiot de guerre, Pecora Nera) mais aussi une mémorable Nature morte dans un fossé de Fausto Paravidino.

Une critique de l'Italie

Cette fois-ci, leur attention se porte sur Vitaliano Trevisan, auteur quinquagénaire à la plume bien trempée. Une écriture sans chichis, directe, adepte d'interrogations taboues. Perché dans le fond du bar, on aperçoit, à l'autre bout, baigné de lumière, un homme, écharpe rouge au cou, encadré par deux rideaux de scène, comme prêt à se lancer dans un one-man-show, sauf que celui-ci se lance dans le décompte sordide des prostituées qu'il fréquente assidûment. Dans ce début déjà perce une critique voilée d'une Italie prompte à jouer sur la séduction, le spectacle, le divertissement.

Chaque fois que le noir se fait, Angelo Bison s'approche plus près de nous, à travers ce bar désespérément vide, pour nous raconter son histoire d'amour, avorté quand sa femme lui « a fait un enfant dans le dos ». Au fil de son récit, le personnage dresse un tableau sombre de la société et considère comme égoïste et absurde le fait de mettre au monde. Il décortique les mécanismes d'un système prompt à « parquer » les citoyens, depuis l'école, « institut d'abrutissement d'Etat » jusqu'à la maison de repos, « crade mouroir ». En fait, c'est surtout sa peur de l'homme qu'il exprime, vidant un sac rempli d'armes en tous genres et de coupures de presse tartinées de faits divers.

Le rythme pourrait être resserré, mais le texte d'une noirceur jusqu'au boutiste, le jeu captivant d'Angelo Bison et la présence d'Andréa Hannecart, tout en séduction muette et pourtant criante, nous scotche à ce drôle d'objet, poursuivi le 30 mars par un débat sur le thème : « L'Italie aux prises avec ses démons. Et nous ? »

Jusqu'au 1er avril au Théâtre Marni, Bruxelles. Tél. 02-639.09. 82.

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