Le cas Jekyll

CATHERINE MAKEREEL

lundi 16 janvier 2012, 13:44

Cette bête ignoble tapie en nous

Le hic du Cas Jekyll est avant tout mathématique. En découvrant cette pièce de Christine Montalbetti, adaptation du célèbre récit de Stevenson, on s’attend forcément à un tête à tête entre le Docteur Jekyll et Mr Hyde. Or, seul sur scène, le comédien en fait tellement qu’au lieu de voir double, on voit triple. Au lieu d’assister au combat entre Jekyll et Hyde, on se retrouve devant Jekyll, Hyde et Emmanuel Dekoninck.

On aurait aimé pouvoir oublier le comédien derrière Jekyll, respectable docteur dans la lumière du jour qui devient une bête ignoble dans les brumes londoniennes. On aurait voulu pouvoir se concentrer sur les métamorphoses de cet être ambigu, métaphore des pulsions primitives qui sommeillent en chacun de nous, mais on voit surtout un comédien qui galope sur le texte, à tel point que l’on ne perçoit pas toujours qui de Hyde ou de Jekyll se démène devant nous. Emmanuel Dekoninck se débat comme un beau diable, dans une folie certes explosive mais qui manque de nuances. En mode ultra nerveux quasiment dès le début, il peine à figurer la lente victoire de Hyde sur Jekyll à mesure que le monstre immoral gagne tout son corps. La mise en scène d’Elvire Brison ne parvient pas non plus à transposer sur le plateau l’atmosphère angoissante des rues de Londres, où Hyde laisse libre cours à ses vils désirs, ses dérives criminelles. Bref, il manque ici cette inquiétante étrangeté qui a fait de cette histoire un mystère hantant depuis plus d’un siècle la littérature, le cinéma et la psychanalyse.

Jusqu’au 18 février aux Martyrs, Bruxelles.

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