Le sabotage amoureux

CATHERINE MAKEREEL

lundi 16 janvier 2012, 13:44

Amélie s’en va-t-en guerre

On savait la plume d’Amélie Nothomb parfaitement malléable sur scène après y avoir vu Les combustibles ou L’hygiène de l’assassin. Voici une nouvelle preuve de sa souplesse scénique avec Le sabotage amoureux, mis en scène par Christine Delmotte. Le pari était risqué de confier à des comédiens adultes ce récit autobiographique plongeant dans les souvenirs d’une Amélie Nothomb de sept ans. Sans jamais tomber dans la mièvrerie, écueil des imitations de l’enfance, la mise en scène insuffle une insolence naturelle, une vitalité exaltée qui a la fraîcheur de l’insouciance mais ne sacrifie pas à l’étrange perversité qui nimbe ce conte cruel sur fond de jeux d’enfants.

Fille de diplomate, Amélie coule des jours heureux dans le ghetto des expatriés de San Li Tun. En pleine Chine communiste, les enfants du ghetto jouent à la guerre pour passer le temps. Engagée auprès des Alliés comme éclaireur, Amélie est au centre du monde jusqu’à ce que débarque la belle Elena. Amélie en tombe amoureuse, d’un amour pur et absolu. La bataille devient double : écraser les Allemands et conquérir le cœur de la belle Hélène. Si la pièce nous emporte dans son souffle impétueux, c’est que la mise en scène joue – au sens le plus enfantin – avec ses comédiens. Avec espièglerie aussi, et un imaginaire fantaisiste. On fonce sur des trottinettes, on enfourche des vélos volants, on dessine des grands discours ou on invente des histoires avec la fougue de héros de films muets. Formidables de facétie, tantôt innocents tantôt vicieux, les comédiens composent un tableau captivant de cette barbarie aux yeux d’anges que peut revêtir l’enfance. Et créent un spectacle jouissif et ambivalent.

Jusqu’au 18 février aux Martyrs, Bruxelles.

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