Lear, de la couronne aux haillons
CATHERINE MAKEREEL
lundi 23 janvier 2012, 10:36
Les couronnes rendent aveugle. La folie ouvre les curs. C'est une des conclusions de ce Roi Lear, tragédie complexe de Shakespeare, mise en scène par Lorent Wanson avec un souffle élégant, loin du pathos.
Jean-Marie Pétiniot, ici avec Julien Roy, compose un Roi Lear parfaitement contrasté, entre la posture hargneuse du souverain du début et la folie désillusionnée de la fin © Isabelle De Beir
Difficile de résumer cette tragédie aux multiples ramifications. Lear renonce à son trône pour léguer son royaume à ses trois filles en échange d'un témoignage d'amour. Prêtes à tout, deux de ses filles rivalisent de compliments pour hériter. La troisième, Cordelia, ouvre son cur mais son honnêteté fâche son père qui la répudie. Hébergé par ses deux héritières il découvre vite leur vraie nature. Repoussé dans la lande, il sombre dans la folie. En parallèle, Edmond, fils bâtard de Gloucester ajoute son grain de sel et manipule son père pour prendre la place de son demi-frère, Edgar. Trahi par son fils, Gloucester aura les yeux crevés par l'une des filles du Roi. Tout comme Lear retrouve un peu de lucidité dans la folie, il voit clair sur ses fils après être devenu aveugle. Bataille, empoisonnement, traîtrise : la pièce finit dans un bain de sang, même si aucune goutte n'est versée sur le plateau. C'est la force de cette mise en scène qui n'insiste pas sur le sanglant des actions mais plutôt sur la portée morale du texte. Seul bémol, les chansons d'époque n'accrochent guère malgré le bel accompagnement au clavecin. Jean-Marie Pétiniot compose un Roi Lear parfaitement contrasté, entre la posture hargneuse du début et la folie désillusionnée de la fin. A ses côtés, Philippe Jeusette incarne un Kent à la fois bravache et fidèle, noble modèle du chevalier. Mention aussi pour Benoît Randaxhe et Yvain Juillard, l'un savoureusement cynique en Edmond et l'autre impressionnant de démence en Edgar rejeté de tous. Le reste des comédiens porte avec brio cette pièce sur le pouvoir, l'amour et la loyauté. Jusqu'au 18 février au Théâtre du Parc. Du 28 février au 3 mars au Manège.Mons.


















