Un couscous avec Fellag

ADRIENNE NIZET

mardi 24 janvier 2012, 10:18

L'humoriste revient avec son nouveau spectacle : « Petits chocs des civilisations ». C'est un « cooking-show » dans lequel il se réjouit que le couscous soit devenu le mets préféré des Français.

Un couscous avec Fellag

Fellag D’une gentillesse rare en toutes circonstances © DOMINIQUE DUCHESNES

Un jour, Fellag découvre dans la presse le résultat singulier d'un sondage : le couscous serait désormais le plat préféré des Français. A la fois hilare et sincèrement réjoui de cette nouvelle, l'humoriste sait d'emblée qu'il tient là le point de départ de son nouveau spectacle, Petits chocs des civilisations. Son raisonnement : la préférence des Français pour ce plat traditionnel, si typique de la culture maghrébine, est forcément une marque d'affection pour la communauté tout entière. « C'est enfin, commente-t-il en souriant avec les yeux, après des dizaines d'années de relation névrotique, une preuve d'amour des Français à l'égard des Maghrébins. Le couscous, c'est le cheval de Troie de notre sensualité. Ou plutôt notre âne de Troie ! »

A l'occasion du passage de sa tournée par Bruxelles (du 15 au 18 février au Théâtre 140), nous lui avons demandé de nous concocter le fameux mets. Ravi, Fellag s'est prêté au jeu avec un plaisir évident. « Sur scène aussi, je cuisine, explique-t-il. Petits chocs des civilisations est un vrai “ cooking-show ”. A la fin du spectacle, tout le monde a très envie de manger du couscous ! »

A l'aise comme un poisson dans son bocal, le comédien fait son petit marché dans les épiceries de Saint-Josse, où nous le retrouvons. A la boucherie, un client le reconnaît (en plus de ses spectacles – Djurdjurassique Bled, Tous les Algériens sont des mécaniciens…, on l'a vu au cinéma dans Les Barons de Nabil Ben Yadir), et Fellag se voit offrir un morceau de viande (« De l'épaule, c'est la meilleure partie pour le couscous, goûteuse et fondante », précise-t-il). « Les gens sont tellement gentils, nous confie-t-il plus tard. Je suis parfois gêné de ça. Au point de ne pas aller au restaurant si je sais qu'on ne me laissera pas payer. »

A l'épicerie, il échange quelques mots avec le vendeur sur la signification du terme « ras el hanout » (un mélange d'épices) en français. « Cela signifie “ Tête du magasin ” », explique le vendeur. « Pas au sens littéral. C'est plutôt l'esprit, l'âme du magasin », précise Fellag avant de choisir deux mélanges différents.

Dernière étape chez le marchand de légumes avant de se retrouver derrière les casseroles. « Vous savez ce qui est ironique ?, sourit-il, malicieux. C'est que j'ai appris à faire le couscous à Montréal. Parce que j'y ai été obligé, pour un travail de cuisinier. Jusque-là, je l'avais toujours vu préparé chez moi, ou chez ma tante, et ça me semblait hors de portée. Dans toutes les familles nombreuses, quand on prépare ce plat, c'est une usine. Ça fume, ça roule, les blagues volent. C'est un travail d'équipe. D'ailleurs, on prépare rarement un couscous pour deux ! »

Le temps que l'huile crépite, retour sur son spectacle. « En fait, je pars de notre plat traditionnel pour évoquer le microcosme du choc des civilisations, poursuit-il. Dans les salles où je joue, il y a souvent moitié de Maghrébins, et moitié de Français de souche. Je soulève leurs peurs, des histoires qui les concernent tous, et je les leur balance, de façon clownesque évidemment. Maligne, malicieuse. Par exemple, je commence toujours par faire remarquer qu'il y a ceux qui aiment le couscous, et ceux qui font le couscous… »

La viande sur le feu, les légumes (des navets, des oignons mais pas de carotte) découpés, l'humoriste poursuit : « Je pense que je suis un témoin privilégié de cette question. J'ai connu l'Algérie française (il y est né en 1950, NDLR), j'ai vécu l'indépendance, je vis à Paris. J'ai une mémoire. Quand, dans mes spectacles, j'essaie de faire rire les gens ensemble, ce n'est que de l'amour. Tout ça tend vers une cassure des tabous, une ouverture à l'autre ».

Au moment d'enfiler sa veste, Fellag glisse encore quelques conseils pour la fin de la cuisson (les courgettes dix minutes avant de servir, les pois chiches au dernier moment). Et nous invite à venir le voir à nouveau préparer un couscous, au Théâtre 140. Avec plaisir, évidemment. Le mets était délicieux, comme le Monsieur.

Du 15 au 18 février à 20 h 30, Théâtre 140, avenue Plasky 140, 1030 Schaerbeek. 02-733.97.08, www.theatre140.be

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