De Sister Act à Sur sous rires
CATHERINE MAKEREEL
lundi 30 janvier 2012, 10:49
Dominique Bréda défiait déjà les foudres divines avec son Purgatoire, dans lequel on riait à se damner. Mais là, il s'assure directement un billet pour l'enfer éternel avec Délivre-nous du mal, comédie profane à souhait. Attention : réservez déjà le confessionnal pour vous absoudre de ce péché si délicieux et avouer avoir autant gloussé sur ces hommes et femmes en pleine crise de foi.
Franche rigolade avec la crise de foi dun curé qui tente de remplir à nouveau son église désespérément vide © D BRéDA
CRITIQUE
Y a pas que le culte
On savait les artistes prompts à bouffer du curé, mais là, on peut dire que le théâtre, insatiable, fait plus qu'en bouffer, il s'en gave et s'en goinfre. Après Délivre-nous du mal de Dominique Bréda, c'est Y a pas qu'le culte d'Eric Russon qui prendra le relais pour croquer avec humour une Eglise Catholique mise à rude épreuve. Mise en scène par Victor Scheffer et jouée par Delphine Charlier et Alix Mariaule, la pièce imagine deux nonnes inconscientes, pour ne pas dire barges, qui vont commettre l'impensable pour faire entendre leur voix. « Depuis des années, ils ont tout essayé pour moderniser l'Eglise. Tout, sauf les femmes », annonce le résumé.
On retrouve la même équipe de choc qui a fait les succès précédents de Dominique Bréda (Emma, Le Groupe, dont Julie Duroisin ou encore Jean-François Breuer). Comme toujours, le décor est sommaire un prie-dieu, un pupitre, un semblant d'orgue mais le jeu des comédiens compense mille fois dans des saynètes à mourir de rire.
Dieu a l'accent canadien
Un prêtre qui ne supporte plus de voir son église vide, dimanche après dimanche, noie son chagrin dans le vin de messe, et prend soudain la décision de raccrocher le tablier (enfin, la soutane). Soudain, Dieu lui-même intervient, avec un fort accent canadien, pour aiguiller notre abbé. Requinqué pour un temps, le curé va se mettre en tête d'organiser une méga messe et prouver qu'il y a autre chose dans l'église que « des faux culs, des homophobes et des pédophiles ».
Avec l'aide de son entourage une organiste secrètement amoureuse de lui, un sacristain un peu niais, une nonne flanquée d'une autre nonne, véritable chien de garde venu de l'est il va tenter de faire revivre son église désertée. Sa drôle de bande va se mettre à distribuer des tracts avec plus ou moins de tact, imaginer une messe techno avec des DJ, parler de Star Wars dans les sermons, et composer une chorale explosive, à faire crever de jalousie Whoopy Goldberg dans Sister Act.
Mise en scène par Dominique Bréda lui-même, la pièce file à toute allure, grâce à des comédiens hilarants, bien servis par des répliques imparables. Il faut voir Sur Agnès analyser la situation de l'église, et « son problème de com' » quand les big boss « cassent du pédé à la télé ». Et puis, ajoute-t-elle, « aujourd'hui, si tu ne fais pas dans le MP3 ou le fairtrade, t'es mal foutu ! » Le célibat des prêtres, la contraception, les grandes questions affleurent au milieu d'une franche rigolade, rythmée par des Hallelujah de Leonard Cohen ou Dr Alban remixés à l'orgue. Qu'il est doux de pécher dans ces conditions !
Jusqu'au 11 février à l'Os à Moelle, à Bruxelles. Infos : 02-267.10.90. Du même auteur, on verra ensuite Do Eat du 1er au 31 mars au Théâtre de la Toison d'Or et New York du 17 au 28 avril au C.C. des Riches-Claires.


















