L'impro a grand besoin d'un arbitre
JEAN-MARIE WYNANTS
jeudi 02 février 2012, 10:47
La saison de la Ligue d'Impro démarre ce week-end. Plusieurs jouteurs historiques sont de retour pour deux matchs des étoiles. En coulisses, l'ambiance est nettement moins rose. Un conflit oppose deux clans qui, bien que disant plus ou moins la même chose, ne parviennent plus à se parler.
Xavier Percy est lun des arbitres historiques de la Ligue sur la patinoire : chaque soir, cest lhomme au sifflet qui donne le ton, distribue les thèmes, veille au respect des règles et sert de tête de Turc au public
Avec sa chemise rayée, son sifflet et son application impitoyable du règlement, l'arbitre est la personnalité la plus singulière des joutes d'improvisation. Sans lui, plus rien ne va. Et tandis qu'au fil des ans, les jouteurs passent avant de voguer vers d'autres horizons, les arbitres gardent le cap et défient le temps.
Eric De Staercke : « La récréation du théâtre »
Le comédien, auteur et metteur en scène, Eric De Staercke était un des premiers jouteurs de la Ligue. Cela fait quinze ans qu'il ne participe plus aux matchs de façon régulière mais, quand il évoque l'impro, la flamme est intacte : « C'est un spectacle collectif, très différent du théâtre. C'est un peu la récréation du théâtre. L'impro m'a permis de réaliser que le personnage fait tout mieux que moi. Par exemple, je ne sais pas chanter. Mais en situation, le personnage chante juste, car le rythme, l'émotion sont là. La Ligue d'impro, c'est un véritable atelier de comédiens. D'ailleurs, beaucoup de spectacles se créent grâce aux méthodes apprises à l'impro. Puis vous savez, beaucoup de gens nous ont découverts là, et se sont dit Tiens, on irait bien les voir au théâtre !, et on a rempli nos salles. Ça a été un déclic énorme. Encore aujourd'hui, il ne se passe pas une semaine sans qu'on me dise Je vous connais, je vous ai vu à la Ligue d'impro. En plus, ça a calmé mon trac, de monter sur scène sans texte ! A l'impro, l'acteur devient auteur. Beaucoup pensaient d'ailleurs les textes écrits à l'avance. Mais non. Et c'est pour ça qu'il faut une certaine expérience et beaucoup s'entraîner encore. La clé, c'est l'écoute, comme dans une jam de jazz. »
Bref, sans arbitre, pas d'impro.
Cette année, hélas ! l'arbitre n'est pas seulement utile sur le terrain. Depuis quelques mois, un conflit interne mine la ligue. C'est donc dans une drôle d'ambiance que le Marni accueille ce week-end deux matchs d'ouverture de saison rassemblant quelques grands anciens de la patinoire qui reviennent régulièrement pour ce genre de rencontre : Marie-Paule Kumps, Bernard Cogniaux, Patrick Ridremont, Gudule et autres vieux routiers dont beaucoup se sont fait connaître lors de ces joutes théâtrales.
Ici, pas de plateau et (presque) pas de distance entre le public et les comédiens. Ceux-ci sont répartis en deux équipes qui vont improviser sur des thèmes dévoilés par l'arbitre. A l'issue de chaque impro, le public vote dans une ambiance souvent survoltée.
Créées au Québec (d'où le lien avec la patinoire et les tenues héritées du hockey sur glace), les joutes d'improvisation se pratiquent chez nous depuis près de trente ans. Bernard Cogniaux, Marie-Paule Kumps, Eric De Staercke, Laurence Bibot, Victor Scheffer, Patrick Ridremont, Olivier Leborgne, Virginie Hocq, Jean-Louis Leclercq, Bruno Bulté, Olivier Massart et bien d'autres s'y sont fait connaître.
Les Frederik Haugness, Thibaut Neve, Stéphanie Van Vyve, David Macaluso et autres leur ont succédé. On espère les voir tous réunis en 2014 pour fêter leur trentième saison.
Match des étoiles ces 5 et 6 février au Marni. Infos et réservations : 070-660.601 (groupes à partir de 20 personnes 02-639.09.82).
Constituée d'un rassemblement de comédiens de tous horizons, la Ligue d'Impro a souvent été le théâtre de psychodrame, conflit et autres luttes d'ego. C'est à nouveau le cas avec la crise de confiance actuelle où s'affrontent deux générations. A écouter les doléances des deux camps, on se dit pourtant qu'il suffirait de peu pour que les choses rentrent dans l'ordre. Pour faire très bref, suite à des problèmes de paiement des comédiens, diverses réunions ont eu lieu à l'automne 2011. Jean-Marc Cuvelier, président de la Ligue, jouteur et directeur artistique a été fortement mis en cause par la nouvelle génération. « J'ai fait mon mea culpa à plusieurs reprises », explique celui-ci, reconnaissant qu'il portait trop de casquettes et que cela devait changer. Même son de cloche du côté des administrateurs « historiques », Xavier Dujardin et Thierry Tinlot qui souhaitent laisser la place et appellent de leurs vux à un renouvellement. A condition que cela se fasse dans les règles de la loi sur les ASBL. Aujourd'hui, la méfiance est de mise des deux côtés. Chacun se déclare ouvert et reproche aux autres de refuser le dialogue. Plus que jamais, la Ligue a besoin d'un arbitre pour renouer les fils entres les parties et éviter de perdre son public. Et une subvention qu'elle venait d'acquérir.


















