Mon père, ce vieux con

CATHERINE MAKEREEL

vendredi 03 février 2012, 10:40

CRITIQUE

Assister au Grand retour de Boris S. de Serge Kribus, c’est comme se retrouver au milieu d’une dispute de famille, sauf que, comme ce n’est pas votre famille, la scène vous captive moins. D’un point de vue théâtral, l’argument est archi connu : un père et son fils, qui d’habitude ne se côtoient pas beaucoup, vont soudain ouvrir leurs vannes émotives, déballant frustrations, rancoeurs et regrets. Pour corser ce propos narcissique, Serge Kribus ajoute le twist de l’identité juive et les montagnes de questionnement et de culpabilité que cela soulève.

Ils s’appellent tous les deux Spielman. Henri, le fils, vient de perdre son travail et de se séparer de sa compagne.

Autant dire qu’il a les nerfs à fleur de peau. C’est ce moment que choisit Boris, son père, pour débarquer chez lui. Comédien sur le retour, il vient de décrocher le premier rôle dans Le Roi Lear (allusion au personnage de roi déchu, bafoué par ses enfants) et veut s’installer chez son fils pour répéter. Le temps d’une journée, rythmée par les prises de becs, entre un dîner aux chandelles dans un resto italien et une nuit passée au poste à cause de l’ébriété tapageuse du père, tous deux tentent vaille que vaille de se dire qu’ils s’aiment. Dans un décor très neutre, Valérie Lemaître met en scène Xavier Campion (un peu monocorde en fils dépressif) et Alexandre von Sivers (malicieux dans le rôle du père maladroit et excentrique), sans en rajouter, laissant les déclarations de tendresse affleurer derrière les escarmouches. D’une banalité revendiquée, les dialogues abordent la question de la transmission : peut-on se libérer du lourd passé de ses ancêtres ? Faut-il opter pour l’oubli ou au contraire relayer la mémoire pour se construire ? Ces questions nous interpellent mais la relation entre les deux personnages reste trop froide pour toucher la corde sensible et faire vibrer durablement ces interrogations. Et l’on ressort de cette pièce guère plus avancé sur la nature humaine, concluant ce que l’on savait déjà mais que l’on oublie

souvent : il n’est pas une mince affaire d’être un père, ou un fils.

Jusqu’au 12 février au Théâtre Jean Vilar, Louvain-la-Neuve. Tél. 0800 25 325.

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