Les jeunes héros de Charleroi
JEAN-MARIE WYNANTS ET CATHERINE MAKEREEL
vendredi 10 février 2012, 12:29
Charleroi, ville délaissée, dénigrée ? Avec le festival « Kicks » et son regard sur la jeunesse, le pays carolo retrouve de fascinantes couleurs. Des spectacles qu'on a adorés, d'autres qui vous transforment en héros : ça bouge au pied des terrils !
Adolescent, graine de délinquant ! », grognent les vieux grincheux. « Il n'y a plus de jeunesse », ajoutent les vieilles biques. Violents, désabusés, matérialistes, on les taxe de tous les maux, ces jeunes. Mais n'est-ce pas le principal défaut de l'âge mûr de trouver des défauts à la jeunesse ? Source d'inspiration ou d'inquiétude, âge de tous les possibles, de tous les extrêmes aussi, la jeunesse est à l'honneur du festival Kicks. Durant cinq semaines, dans toute la ville de Charleroi, une sève bouillonnante va irriguer la ville, pour dessiner un Charleroi 3.0, enfin délesté de ses crasseux clichés. Que ce soit par le théâtre, la danse, la musique ou le cinéma, le festival nous plonge au cur des rêves, des doutes, et surtout de l'énergie des jeunes.
A l'image de la création du spectacle Nés poumon noir par trois jeunes artistes « made in Charlyking ». Trois jeunes, entre 23 et 28 ans, nés en terre carolo, qui n'hésitent pas à porter un regard corrosif sur leur ville, quitte à devenir persona non grata dans leur propre région. Fasciné par leur révolte, Jean-Michel Van den Eeyden, metteur en scène et directeur artistique du festival Kicks, a voulu mettre la puissance de leur propos en forme dans un spectacle entre concert, poésie urbaine et vidéo. « On pourrait dire que c'est un mélange entre le rappeur Akhenaton et du Johnny Cash à la guitare et à l'harmonica », précise le metteur en scène. Au rayon des créations, on attend aussi Les bonnes intentions de et par Cathy Min Jung qui ouvrira le débat de l'adoption pour mettre en lumière les tabous et zones d'ombres d'une telle aventure. Attention : texte fort ! Ce sera la spécialité du festival : lancer un bon coup de pied dans la fourmilière. A l'image de « Pour rire pour passer le temps » de la Cie Artifice, abordant une séance de torture « pour passer le temps » dont la mise en scène rend le public complice malgré lui de plaisirs troubles et témoin des lâchetés ordinaires.
L'arrestation interrogera le préjugé tenace de l'adolescent violent face au policier qui se lâche dans une logorrhée hallucinée sur le pognon, la taule ou la discipline.
Au fil des semaines, le festival emmènera un jury de jeunes à tous les spectacles pour prouver que les adolescents aussi ont l'esprit critique et acéré. « L'idée est de confronter le ressenti et les idées des jeunes à ceux du monde adulte, de rompre la relation d'autorité systématique liant l'adulte à l'adolescent, ouvrir le monde à la jeunesse mais aussi ouvrir la jeunesse au monde. »
Du 14 février au 23 mars à Charleroi.


















