
CATHERINE MAKEREEL
samedi 04 octobre 2008, 12:31
Pour Ted Stoffer, l’espéranto des corps et des cœurs n’a pas de limites chorégraphiques. © Chris Van der Burght.
CRITIQUE
Après Import Export et Patchagonia, troisième arrêt pour les Ballets C de la B au Théâtre Les Tanneurs, à Bruxelles, avec une nouvelle création chorégraphiée par l’Américain Ted Stoffer : Aphasiadisiac. Non, vous ne souffrez pas de dyslexie soudaine : cet espiègle néologisme contracte les mots « aphasie » (incapacité d’exprimer ou de comprendre une pensée en paroles écrites ou verbalisées) et « aphrodisiaque » (qui stimule l’appétit sexuel), pour introduire une pièce jubilatoire sur les problèmes de communication dans les histoires d’amour.
Pour l’aphasiadisiaque, les sentiments se bousculent aussi vite que les mots. Il veut exprimer tout ce que l’amour lui inspire – désir, possession, jalousie, soumission –, et en même temps, ne trouve pas les mots à la hauteur de son intuition. Il doit alors créer un nouveau langage, qui ferait appel au corps, pour englober tout ce que la passion nous inspire. C’est cet espéranto des corps, langue diplomatique et très ludique, qui parcourt le spectacle de Ted Stoffer, expert en aphasiadisian.
De manière prévisible, c’est sur la construction de deux tours de Babel que s’ouvre la pièce, tandis que deux danseurs s’enferment dans un mikado précaire de briques, symbole de l’incommunicabilité, d’où ils s’échapperont finalement, comme le reste de la pièce, vers un joyeux désordre communicatif, de superbes duos romantiques ou chaotiques, des dialogues surréalistes et des idylles pleines de tendresse et d’humour. Bref, des tonnes de surprises au détour de chaque geste, mot ou note de musique.
Pour traduire ces instants stupides, érotiques, dangereux ou absurdes qui tissent nos histoires d’amour, Ted Stoffer emmène Kristina Lhotáková, Mieke De Groote, Pieterjan Vervondel et Yvan Auzely dans des jeux de complicité ou de rupture, avec toujours un regard facétieux sur nos gesticulations amoureuses.
Sur les rythmes endiablés du percussionniste Pieterjan Vervondel – qui réussit l’exploit de jouer de la batterie en étant suspendu à un harnais à la perpendiculaire d’un mur de cinq mètres –, on sourit d’un bout à l’autre des saynètes, entre de vertigineux pas de deux joue contre joue, des valses ponctuées de fulgurantes disputes conjugales, le charabia d’une étrange visite immobilière ou la danse de séduction de deux êtres qu’un tambour fanfaronnant sépare.
Le tout en une heure et des poussières, une heure de charmante folie, pour nous donner, malgré tout, envie d’aimer.
Aphasiadisiac , jusqu’au 8 octobre au Théâtre Les Tanneurs, 75 rue des Tanneurs, 1000 Bruxelles. Tél. 02.512.17.84, www.lestanneurs.be
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