
CATHERINE MAKEREEL
mercredi 08 octobre 2008, 15:06
Chaque semaine, nouvelle forme, nouvel invité et nouveau sujet pour Transquinquennal ! © Mirjam Devriendt.
Le collectif bruxellois serait-il sadomasochiste ? Il aime en tout cas se faire peur. Qu'il joue une pièce interactive où le comédien ignore chaque soir quelle version il devra interpréter (La lettre des chats en 1992), engage un théâtre institutionnel à programmer un spectacle dont nul ne connaît le propos ou la moindre ligne (Aux prises avec la vie courante, 1999) ou entreprend de créer trois spectacles en trois semaines (Les Clubs, 1995), Transquinquennal est décidément allergique à la routine. Il le prouve encore avec Blinddate, création en dix temps qui risque bien de leur donner des sueurs froides. Le titre le dit bien : il s'agira d'un rendez-vous à l'aveuglette.
Expliquons-nous : chaque lundi, le collectif prendra connaissance d'un sujet et d'un invité. Il aura alors cinq jours pour travailler avec cet invité et mettre au point une « performance théâtrale » pour le vendredi soir et pour 45 spectateurs maximum. L'expérience se renouvellera ainsi pendant dix semaines. L'invité pourra être un plasticien, un architecte, un metteur en scène, un dessinateur de BD, un cinéaste ou un activiste web, et le sujet toucher aussi bien à la médecine qu'au droit ou à la philosophie.
A titre d'exemple, cette semaine, l'invitée est Manah Depauw, comédienne, plasticienne et vidéaste et le sujet traité : « Comment le langage se débrouille-t-il pour encoder dans des structures linéaires des significations qui ne le sont pas ? » « L'idée est de sortir du champ littéraire et sociologique où le théâtre va régulièrement chercher ses sujets, de s'écarter de la manière classique et redondante dont on traite les problèmes contemporains sur scène, précise Stéphane Olivier, membre du collectif. Un médecin confronté à l'alcoolisme dans sa pratique professionnelle quotidienne aura une manière différente d'articuler sa pensée sur le sujet que celle dont on use au théâtre. C'est cette confrontation qui nous intéresse. »
Paradoxalement, cette proposition, proche de l'improvisation, a demandé plusieurs semaines de préparation : « On a fait une recherche par domaine de pensée pour élaborer une liste d'une quarantaine de propositions pour les invités et les sujets, poursuit Stéphane. Notre collaboratrice Céline Renchon a ensuite, de son côté et en secret, donné beaucoup de coups de fil pour voir ce qui était possible au niveau des envies et des disponibilités pour finalement sélectionner une dizaine d'invités et de sujets, dont nous découvrirons la combinaison au fil des semaines. Nous avons aussi demandé à des « go-between », choisis parmi nos amis, de nous suggérer des personnes intéressantes qu'on ne connaît pas. Ce qui nous permet de sortir de notre cercle habituel, de nos sentiers battus, à la fois dans l'approche et le propos. »
Parce que tous les spectateurs n'auront pas forcément envie de parler de la douve du foie avec un architecte, le collectif les tiendra informés des sujets et invités de la semaine, pour leur permettre de faire leur marché parmi les dix représentations. Non seulement tous ceux qui s'inscriront à la newsletter du site Internet (www.transquinquennal/blinddate) recevront, chaque lundi, en même temps que les comédiens, les paramètres de la semaine, mais ils pourront aussi suivre, par l'intermédiaire d'une webcam, tout le processus de réflexion et de création. Chacun pourra les observer accoucher d'une forme insolite, inédite. « Peut-être qu'avec certains invités, on se donnera rendez-vous à 18h45 le vendredi pour une improvisation totale, et qu'avec d'autres, on travaillera d'arrache-pied toute la semaine sur le plateau, prédit Bernard Breuse. On ne sait pas du tout quelle forme prendra la représentation : peut-être une expo, une installation ou tout autre chose. On ne veut surtout rien cadrer. »
Car c'est bien là, la spécificité de Transquinquennal : être toujours là où on les attend le moins. Ce collectif qui revient du Japon où il a joué Dans les bois, pièce bilingue sur les bonobos d'Oriza Hirata, qui s'est prêté au jeu du théâtre-expo aux Riches-Claires la saison passée, dans un dialogue sur scène avec une uvre d'art contemporaine, en l'occurrence une table de ping-pong en béton, et qui a déjà monté des auteurs classiques et contemporains, veut avant tout surprendre, et se surprendre. Frileux, s'abstenir !
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