« Anne Frank » aux Martyrs

JEAN-MARIE WYNANTS

vendredi 03 octobre 2008, 09:21

Tout le monde, ou presque, a entendu parler du Journal d'Anne Frank. Beaucoup ont eu à lire, durant leurs études, ce récit au jour le jour d'une vie dans la clandestinité sous le régime nazi.

 « Anne Frank » aux Martyrs

Photo : Thierry Monasse

Pratique

Théâtre des Martyrs, jusqu'au 25 octobre, tél. 02.223.32.08,

www.theatredesmartyrs.be

CRITIQUE

De 1942 à 1944, la jeune Anne, sa famille et quatre autres personnes vivent cachés dans l'annexe d'un atelier. Juifs allemands exilés aux Pays-Bas, ils ont dû porter l'étoile jaune, subir les vexations et restrictions imposées par les nazis et, enfin, se cacher durant deux ans pour échapper à la déportation.

Adolescente intelligente et sensible, Anne Frank n'a pourtant que peu d'amis. Et personne à qui se confier dans la clandestinité. Alors, elle parle à son journal, qu'elle surnomme Kitty. Le 4 août 1944, sans doute à la suite d'une dénonciation anonyme, tous les occupants de l'annexe sont arrêtés et déportés alors même que la déroute nazie est largement consommée. Seul le père d'Anne, Otto Frank, reviendra de captivité. C'est lui qui fera ensuite publier le journal de sa fille, devenu l'un des témoignages les plus poignants sur cette période.

Le metteur en scène Richard Kalisz a choisi de confier le journal à la seule Françoise Berlanger, accompagnant celle-ci sur le plateau pour ajouter des extraits d'autres textes sur cette époque ou pour rythmer le récit en égrenant les dates du journal.

A côté de très belles idées comme l'utilisation de la petite fenêtre du théâtre, les bancs de classe signifiant l'absence d'Anne ou les vidéos de jeunes lycéens lisant et commentant des passages du journal, le spectacle perd parfois de son intensité. Le texte, pas toujours maîtrisé, et les interventions parfois trop pesantes du metteur en scène handicapent le projet. Mais pas au point de nous empêcher de redécouvrir totalement un texte livré ici dans sa version non expurgée.

Otto Frank avait en effet fait supprimer des passages du journal qu'il trouvait inconvenants. Ils sont ici restitués, donnant de la jeune héroïne une image nettement plus juste et humaine. Ado rebelle, Anne ne cesse de critiquer sa mère et ceux qui l'entourent. Elle découvre aussi l'amour et la sexualité avec Peter, le jeune homme qui vit avec eux. Ce pourrait être anodin et c'est en fait essentiel. Alors que le journal expurgé donnait de la jeune fille une image tellement « propre » qu'elle en paraissait désincarnée, on découvre ici un être humain bouleversant dans ses multiples contradictions.

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