« Cuisine et dépendances » au théâtre

MICHELE FRICHE ET JEAN-MARIE WYNANTS

lundi 01 décembre 2008, 09:46

Vous ne serez pas dépaysés par cette version de Cuisines et dépendances que nous a mitonnée Daniel Hanssens. Chaque meuble et accessoire a retrouvé ses marques, dans un réalisme rafraîchi à la mode Ikea, ce qui évite de peu un copié-collé de la création en 1991. Ici, à Wolubilis, Martine et Jacques ne reçoivent plus leurs vieux amis un soir de juin, mais le 31 décembre, avec nœuds pap et sapin : une entorse au texte original qui renforce le souci du « paraître » souriant.

 « Cuisine et dépendances » au théâtre

Photo : D.R.

Pratique

Wolubilis, jusqu'au 7 décembre. Théâtre Royal de Namur du 8 au 14/12 ; Centre culturel d'Uccle du 16/12 au 3/1/2009. 079-75.42.42 ; www.argan42.bbe

CRITIQUE

Subtile, grinçante, Cuisine et dépendances n'a pas pris un grain de poussière. Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ont mis le doigt juste sur des humains qui nous ressemblent, en effleurant sous le couvert de la légèreté, leurs petites blessures, leurs contes de fées écornés, leurs égoïsmes. Pas de grands monologues, un sobre dosage de bons mots, des bouts de conversations qui s'allument et s'éteignent sans rien résoudre, entre le champagne et le haddock. Et c'est à la cuisine qu'on vide les plats, met au frigo, se trompe d'armoires… Belle métaphore ! C'est là aussi, exclusivement, que se détricoteront en géométrie variable les « dépendances » des uns et des autres, du poker au vedettariat.

On n'y verra jamais les objets de fantasmes, cet animateur célèbre de télévision, cette Marylin bien moulée… De quoi friser les imaginations sans borner l'horizon. Une fois de plus, on reste époustouflé par la précision sobre du jeu de Daniel Hanssens, cette manière nette de détailler le verbe, de mesurer le silence et d'en faire rebondir les échos. Il endosse ici le personnage du râleur aigri, maladroit, solitaire, qui, peut-être, repartira avec Charlotte, la compagne de l'animateur vedette.

Chloé Xhaufflaire se glisse dans ce rôle tout en élégance souriante, qui oscille entre résignation et indifférence. À l'inverse, Martine trouve en Isabelle Paternotte de quoi extérioriser ses nerfs à vif dans l'engrenage d'une vie éteinte… mais aussi de laisser poindre l'émotion, lorsque, une Barbie en mains, elle baisse pavillon, face à son mari, un Pascal Racan roublard dans la fausse naïveté. Quant au frère joueur de poker, infantile et cynique, il fait mouche avec Nicolas Buysse.

Au total, une comédie au rire mesuré, acide et dégraissé, sans saillie novatrice ni relecture, mais bien servi par le talent de ses interprètes hors de tout cabotinage.

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