
JEAN-MARIE WYNANTS
lundi 06 octobre 2008, 10:01
DR.
CRITIQUE
William et Anna se sont rencontrés lors d'une rétrospective de Jean-Luc Godard. De cela, ils sont sûrs tous les deux. Mais c'est à peu près tout. William est persuadé que c'était lors d'une projection de Deux ou trois choses que je sais d'elle. Pour Anna, par contre, il s'agissait du Mépris.
Ce simple malentendu peut-il décider de toute une vie ? Sans doute pas ? Mais entre William et Anna, il y en a quelques autres qui vont singulièrement leur compliquer l'existence. Il y a surtout ces silences, ces omissions, ces petites lâchetés que l'on accepte pour ne pas mettre le couple en péril mais qui, en s'accumulant, creusent un fossé de plus en plus profond entre les amants.
Autour de cette situation, Paul Pourveur a construit un de ces textes éclatés dont il a le secret. Souvent, chez lui, on passe du coq à l'âne dans une apparence de grand désordre. Mais tous les éclats qui surgissent sous nos yeux proviennent bel et bien de la même explosion. Pourveur dynamite la trame narrative et balance sur le plateau les mille et une pièces d'un puzzle que chacun pourra reconstituer à sa guise.
Entre Anna, l'actrice shakespearienne et William, cadre d'une grande multinationale mais fervent militant de l'altermondialisme, toutes les grandes questions de société surgissent à un moment ou à un autre. Avec leur lot de simplismes, de contradictions, d'écarts plus ou moins acceptables entre ce que l'on est et ce que l'on voudrait être.
Pourveur évoque ainsi une multitude de thèmes et nous trimballe un peu partout, de Bruxelles à Paris en passant par le théâtre du Globe à Londres, la supposée maison natale de Shakespeare à Stratford-upon-Avon, les grottes de Hotton, une manif à Prague et la journée des monuments et sites dans le parc du Cinquantenaire
Il nous entraîne aussi dans un voyage à travers le temps où l'on découvre à la fois que le grand Will doit sa carrière théâtrale à la mort d'un daim et que les sources du mondialisme économique se cachent derrière l'amour subit des Hollandais pour les tulipes.
On croisera aussi Marilyn Monroe, Margaret Thatcher, Ronald Reagan, Naomi Klein, Richard III, John Milton, Jean-Luc Godard et bien d'autres, apparaissant dans le récit comme autant de personnages d'une histoire éclatée, certes, mais où tout se tient. Le tout régulièrement résumé par un slogan apparaissant sur écran : « Vivez proprement, pensez au suivant ! »
Cela pourrait donner un spectacle pédant, prétentieux et donneur de leçons. C'est tout le contraire qui se produit grâce à l'humour de l'auteur et à son aptitude à toujours relier les questionnements philosophiques à la vie quotidienne de ses personnages.
Car finalement, ce dont Pourveur nous parle surtout, c'est de notre rapport au passé et au présent, de la passion ou de l'ennui du théâtre et de la vie d'un couple. Un couple où chacun arrive avec son vécu, se demandant si cette fois sera la bonne ou s'il sera condamné à définitivement vivre seul.
Abordant pour la première fois l'univers de Pourveur, Philippe Sireuil s'y montre largement aussi à l'aise que dans le répertoire classique ou chez Jean-Marie Piemme. Dans une scénographie unique, composée d'une haute paroi percée de quatre portes par lesquelles les comédiens entrent et sortent constamment, il livre un spectacle vif, sans le moindre temps mort, bourré d'images fortes, d'humour et délivré de toute complaisance.
Utilisant la vidéo, les micros, et une musique résolument actuelle, il nous plonge dans un récit à quatre voix porté par un formidable quatuor de comédiens.
Marie Lecomte et Vincent Minne sont véritablement Anna et William, parvenant à combiner magistralement la distance du narrateur, le commentaire de l'observateur et l'incarnation du personnage.
A leurs côtés, Philippe Sireuil, éternel découvreur de talents, confie les rôles des personnages annexes à Yvain Juillard et Olivia Carrère. Ces deux jeunes comédiens portent leurs rôles d'animateur-conteur-commentateur avec l'aisance d'acteurs chevronnés. Et Olivia Carrère multiplie les personnages et les accents avec un humour et une aisance incroyables.
Un quatuor irrésistible qui nous entraîne, deux heures durant, dans l'angoissant et passionnant tourbillon de la vie.
Shakespeare is dead, get over it !, au Théâtre national, jusqu'au 25 octobre, 02-203.41.55, www.theatrenational.be
| Heure de la dépêche | Titre de la dépêche |
|---|---|
| 07:38 | Manchester City renonce à Eto’o |
| 07:35 | Coupe Davis : Croatie - Etats-Unis 2-0 | vendredi |
| 23:48 | La Croix-Rouge flamande installe des tentes pour demandeurs d’asile |
| 23:45 | La monarchie britannique sur Twitter |
| 23:45 | Olivier Rochus en demi-finale à Newport |