
CATHERINE MAKEREEL
jeudi 02 octobre 2008, 11:23
La symbolique et lesthétique de la pièce éblouissent. Les images frappent aussi fort que les mots, exprimant la mort et la décomposition des corps. © D.R.
CRITIQUE
Avec Hamlet, Frédéric Dussenne signe une mise en scène d'un abord difficile certes, mais empreinte d'une vision novatrice de l'uvre de Shakespeare. Plus qu'une pièce, Hamlet(s) s'offre comme un jeu de piste, à l'intérieur de l'esprit tourmenté du prince danois. Si les scènes suivent les grandes lignes de l'intrigue d'origine, Dussenne a eu l'audace de démultiplier les voix dans un ping-pong verbal et rythmique vertigineux.
Sept acteurs talentueux jouent à la volée avec les dialogues fameux. Tous sont à la fois, Hamlet, le spectre de son père, sa mère, Ophélie ou son oncle. Le rythme est tel qu'une même tirade est parfois partagée par les sept comédiens !
Pour aborder ce kaléidoscope, deux solutions s'offrent à vous : réviser le classique de Shakespeare ou accepter de se laisser entraîner par la force lyrique du texte, traduit par William Cliff, et par la fougue des comédiens (les excellents Emmanuel Gaillard, Juan Martinez, Jean-François Massy, Julien Roy, Bernard Sens, Alexandre Tissot, Benoît Van Dorslaer).
Si ce puzzle nous perd parfois en route, le metteur en scène nous rattrape à la réplique suivante avec une symbolique et une esthétique éblouissantes. Sur un plateau blanc, simplement orné d'un lit, les images frappent aussi fort que les mots et expriment les pulsions sous-jacentes au texte : la mort et la décomposition des corps à travers le souffle rauque du spectre et ces sacs de terreau déversés sur la scène, mais aussi la fascination/répulsion pour les femmes évoquée par ces talons aiguilles, bas résille et autres accessoires que s'échangent les comédiens.
Cette ambivalence traverse également le jeu très physique de la troupe culminant dans un striptease provoquant sur le « Kiss » de Prince. Pourquoi demander aux comédiens de se livrer à ce jeu fragmenté ? C'est simple : nous sommes dans la tête de Hamlet, les voix sont celles de ses démons, de ses obsessions. A ce voyage mental répond un voyage physique du public, d'abord debout entourant la scène, puis assis et entouré par la représentation. Une expérience totale donc, déconcertante mais follement intéressante.
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