L'envol de Julien Vargas

CATHERINE MAKEREEL

mardi 30 septembre 2008, 09:38

Il est des signes qui ne trompent pas. Lorsque, après six actes d'un texte touffu comptabilisant, avec l'entracte, plus de trois heures de spectacle, on se sent frais comme un pinson, prêt à bondir pour saluer l'incontestable talent d'un jeune comédien, on sait qu'on vient de vivre un moment de grâce.

L'envol de Julien Vargas

Ovationné longuement pour son rôle-titre, Julien Vargas a connu son heure de gloire lors de la première de « L’Aiglon » d’Edmond Rostand. © S. Daems.

Pratique

Jusqu'au 26 octobre au Parc, 3 rue de la Loi, 1000 Bruxelles. Tél. : 02-505.30.30

CRITIQUE

Ovationné longuement pour son rôle-titre, Julien Vargas a connu son heure de gloire lors de la première de L'Aiglon d'Edmond Rostand, mis en scène avec beaucoup de moyens et de fluidité par Yves Larec. Vargas y compose un Napoléon II bouleversant, trop faible pour être roi, trop bien né pour n'être que Duc. Fils de Bonaparte et de Marie-Louise d'Autriche, l'Aiglon n'est plus François, Roi de Rome mais Franz, Duc de Reichstadt, depuis la défaite de son père. Elevé dans sa cage dorée de Schönbrunn, à Vienne, le jeune homme de 20 ans sent battre son cœur fragile au souvenir de la grandeur napoléonienne.

Malgré la surveillance de ses valets policiers et de l'intraitable Metternich (Jean-Claude Frison, excellent de froideur), le jeune homme, soutenu par Flambeau, ex-grognard de l'Empire, va tenter de déplier ses ailes pour regagner la France, dans un rêve fou de succéder à son père. Mais, empesé par la malchance, les trahisons, la maladie et la raison d'Etat, l'envol sera de courte durée. Pourtant, chez cet Aiglon comme chez Cyrano, l'échec sera plus glorifiant et dramatique que le triomphe.

Confié à Sarah Bernhardt lors de sa création en 1900, le rôle de l'Aiglon sied comme un gant au blond, frêle et romantique Julien Vargas, mêlant candeur, fièvre patriotique et accès de fièvre. A ses côtés, Yves Claessens campe un grognard truculent, Flambeau prêt à se sacrifier pour la dynastie des Bonaparte. Dirigée dans un enchaînement de décors luxueux et de costumes opulents, la trentaine de comédiens dépoussière les vers de Rostand. Le public boit les alexandrins comme il boit son champagne à l'entracte.

On retrouve dans L'Aiglon la virtuosité du Rostand de Cyrano même si ce texte peut écœurer par son patriotisme déchaîné. Ecrite trente ans après la capture de Napoléon III et l'invasion du territoire français, la pièce se drape dans la nostalgie de cette grandeur française à jamais éteinte. Mais la finesse de la langue et la maestria des comédiens conquièrent le public.

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