« Vit-on la renaissance de vieux démons de l'Eglise ? »
BOURTON,WILLIAM
mardi 30 mars 2010, 10:07
La présence du primat de l'Eglise de Belgique à la « Marche pour la vie » de ce dimanche vous a-t-elle surpris ?
On connaît le personnage. On pouvait donc s'attendre à ce qu'il ne reste pas inactif, malgré le fait qu'à l'époque de sa nomination, son porte-parole s'est empressé de le présenter comme un homme qui réfléchissait, etc. Je m'attendais donc à ce que, à un moment ou à un autre, il signifie que ce n'était plus comme avant Avec lui, l'Eglise belge semble réaffirmer un certain nombre de valeurs conservatrices, charismatiques, qui, à un certain moment, ont été mises en avant par une série de personnalités, dont le prédécesseur de Godfried Danneels, le cardinal Suenens (archevêque de Malines-Bruxelles de 1961 à 1979, NDLR). Vit-on la renaissance de vieux démons de l'Eglise catholique, qui veut non seulement contrôler les consciences et dicter une éthique mais aussi contester la loi démocratique belge ?
Le porte-parole des évêques, Eric de Beukelaer, répond à cela qu'il est paradoxal de vouloir exclure les évêques du débat démocratique
J'admire la manière dont il s'adapte à son nouveau patron Il ne faut tout de même pas jouer avec nos pieds : on n'a jamais vu les cardinaux précédents faire ce genre de démarche, descendre dans la rue dans un objectif politique, en s'associant avec un public largement d'extrême droite !
Ce que nous avions pressenti depuis un certain temps se vérifie : il existe, au niveau international, une volonté des Eglises et des institutions religieuses de s'ingérer dans l'espace public et politique. On le sentait très bien au niveau du parlement européen et des institutions européens ; on risque de le voir de plus en plus en Belgique.
Le Centre d'Action Laïque pourrait-il reconsidérer sa stratégie ?
Cela nous donne en tout cas raison dans notre analyse. A la fin de la précédente législature, quand j'étais sénateur (PS), j'avais introduit, en bonne entente avec le CAL, et avec des élus socialistes, libéraux et écolos, une proposition de loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Ce texte a été repris par Philippe Mahoux (PS) et Christine Defraigne (MR) sous la législature actuelle, mais il s'est retrouvé bloqué au moment où il devait être introduit en commission institutionnelle pour être débattu Or, si notre constitution prévoit la liberté de croire ou de ne pas croire, il ne s'agit pas d'une constitution laïque. Il est donc important, par la loi, de préciser ce qu'est l'espace public dans lequel il convient de préserver la neutralité. D'autant que, comme je l'ai dit, nous assistons à une pression des institutions religieuses, auxquels les politiques sont sensibles Nous devons donc, nous aussi, être très attentifs à ces questions de la séparation de l'Eglise et de l'Etat et de l'impartialité de la fonction publique.
Il n'y a pas si longtemps, certains laïques affirmaient que tout cela, c'était « des combats du passé »
Combien de fois, en effet, ai-je entendu d'éminents collègues de l'ULB me demander : « Comment peux-tu quitter l'enceinte politique pour aller défendre la laïcité, alors que nous sommes dans un espace qui a été dégagé de toutes ces questions ? » Mais le fait est que je suis un internationaliste. En tant que président d'Oxfam notamment, j'ai voyagé dans le monde entier et j'ai pu voir combien était prégnante la question religieuse. Comprenez-moi bien : il y a 3.200 religions inventoriées à l'ONU ; chacun croit à ce qu'il veut, c'est tout à fait respectable Mais la manière dont, petit à petit, de par le monde, j'ai vu le religieux réémerger dans l'espace public, et la manière dont le religieux se « vend » au politique en lui garantissant une espèce de « paix sociale », m'ont vraiment interpellé. Et quand j'ai entendu Sarkozy dire que jamais l'instituteur ne pourra remplacer le prêtre, j'ai compris que ces messages, que j'avais entendus en Amérique latine et en Afrique, arrivaient en Europe. Et ça, c'est très dangereux !
Faites-vous un lien entre ce que l'on a vu ce week-end et la montée de revendications d'autres religions : le droit de porter le voile en tout lieu, par exemple ?
Au-delà de leurs divergences et parfois de leurs luttes, les religions ont en effet une volonté de s'entendre, de se coaliser, au nom du fait qu'elles sont issues du même monothéisme, etc.
